Il y a des visages qui ne s’oublient pas comme ça. Des visages que l’on n’oubliera jamais.
On ne les a pas vu depuis longtemps. Si longtemps. Trop longtemps. Et pourtant on ne les oublie pas.
Ils reviennent comme ça, sans prévenir, en plein milieu de nos vies sages.
Comme un flash qui nous paralyse un bref instant. Comme une image figée au fond de soi qui revient d’un coup au premier plan.
Juste une image, l’espace d’un instant.
Vision éphémère.
Ça vous prend comme ça, sans prévenir. Ça vous heurte, ça vous percute en plein ventre, en plein cœur, ça vous remue de l’intérieur, ce visage qui s’affiche de manière incontrôlable en face de vos yeux.
A peine le temps, à peine de quoi faire bonne figure. De quoi juste rester paralysé, figé. L'image s’impose et vous la laissez occuper tout l’espace.
Collision.
Tout s’arrête, le temps s’arrête, le corps s’efface, plus aucun mouvement, plus aucun bruit, plus aucune parole.
L’espace est occupé. Vos souvenirs prennent le dessus sur votre présent.
Comme ça, d’un coup.
Image du temps. Érosion de la vie. Ce visage emprunt de toutes ces tempêtes, ces sécheresses, ces orages, ces accrocs, ces coups, ces bleus, ces bleus à l’âme, ces brûlures, vous le connaissez par cœur. Toutes ses marques indélébiles apposées par la vie sont gravées en vous. Vous en connaissez tous les traits, tous les plus profonds détails et les raisons de leur existence.
Et puis, il y a de la douleur dans le rappel de ces détails, dans le rappel de l’histoire de chacun d’entre eux et des détails de chacune de ces histoires.
Ça vous effraye. Ça vous fait un peu peur d’être capable de vous souvenir d’autant de détails qui font la singularité de ce visage. De ce visage qui vous rend visite.
Il y a cette anxiété, ce malaise, ce vide face à cette faculté de pouvoir se remémorer autant de fragments de vie que l’on croyait disparus à jamais, enfouis au plus fin fond de soi-même. Un peu comme une perte de contrôle, comme un involontaire dépassement de soi.
Tous ces effets secondaires du passé, cette résistance à l’oubli, ces échos à l’infini, ces ricochets sans fin, ces répliques du tremblement de l’être, sont en vous à jamais.
Cela fait partie de vous. Vous le savez. C’est la vie.
Ce visage était celui de ma mère. Je ne me suis pas rendormi.