Je t'ai l'encre!


mardi, 31 janvier 2006

Les limites de ma patiente

Je voudrais remonter ton moral jusqu’à sa source. Cette source d’où jaillissent ces interminables larmes fatales. Je voudrais que tes larmes cessent, que cette source s’assèche à jamais.
Je voudrais demander à tes larmes de changer de cible. Juste une fois. Qu’elles te laissent chevaucher tes douleurs et te propulser grâce à elles.
Je voudrais que tu te rappelles qu’éternité et étreinte sont anagrammes. Qu’il ne sert à rien de se morfondre une éternité. Que tu t’entraînes à étreindre la vie, la serrer fort contre toi et lui dire que tu veux aller loin avec elle.
Je voudrais que tu te dises qu’il n’existe aucune raison, qu’elle vienne du cœur, qu’elle vienne d’ailleurs, pour se laisser fondre comme un vulgaire fusible sous la pression de toutes ces pensées qui nous renvoient à nos blessures les plus profondes, à toutes ces plaies cicatrisées à coup de « marche ou crève ».
Je voudrais que tu me dises que tu veux avancer, que tu veux être forte que tu veux être fière. Que tu arrêtes de confondre la peur et l’envie, la peur et la vie.
Je voudrais que tu penses à ta rage de vivre plutôt qu’à ce qui te ronge.
Je voudrais que tu ranges tes larmes. Ces larmes fatales qui t’inondent à petit feu.
Dis-moi que tu sais qu’il faut vivre avec. Ni à cause. Ni contre. Juste avec.
Dis-moi que tu vas t’en servir comme d’une force plutôt que de t’efforcer à comprendre l’incompréhensible, à combattre l’invincible et à rattraper l’irrémédiable.
Je voudrais que tu arrêtes de tourner en rond à force d’y penser en silence.
Je voudrais repousser tes limites. Je voudrais que tu braves tous les obstacles que tu te sèmes en chemin, sans raison, juste par peur finalement.

Tu n’es pas partie mais dis-moi que tu vas revenir.
Forte. Pleine de vie.
Dis-moi que tu conjugues au futur. Que c’est impératif.
Voilà.
Dis-le moi.

dimanche, 29 janvier 2006

Faible intérieur

Et puis un jour, on s’organise en repli défensif.
Repli sur soi.
Histoire de.
Histoire d’être.
Histoire d’être seul gardien de ses propres buts.
Enfin, de ses propres buts… De ceux qu’ils nous restent. S’il en reste, des buts. A force de tourner dans sa cage, on ne s’en fixe plus vraiment. Des buts « dans la vie ».

On se dit que ce repli sur soi-même, ça ne peut pas faire de mal, à défaut de faire le bien.
Encore aurait-il fallu le vouloir. Le bien.
Encore faudrait-il arrêter de s’en vouloir. Ce serait bien.

Le repli prend forme. On reste seul face à soi-même. On refuse l’autre. Plus ou moins.
A moins que… A moins que rien du tout. L’autre énerve. Le monde, la vie, la rue énervent.
C’est le repli.
On se dit que cela va passer.
Puis on fini par se laisser dépasser par les événements.
On se ment même.
Repli défensif. C’est le moment.
On s’enferme dans son faible intérieur.
On se terre dans le creux d’une vague à l’âme.
On laisse les souvenirs, les douleurs du passé, la peur du futur nous passer par-dessus tête.
Comme ça. Sans bouger. Bien calé au creux de la vague.
On pourrait finir par se noyer dans les larmes de fond. Ces pleurs qui jaillissent de nos blessures souterraines.
On pourrait finir par se noyer.
On pourrait finir. Mettre fin. Mettre fin à cela et sortir. Sortir de là.

Mais, c’est toujours la même chose. La même rengaine. La même peur, les mêmes pleurs.
Angoisse, inquiétude, nostalgie, souffrance, lassitude, tout y passe.
Ca va passer. Tout passe.
Mais en attendant les jours défilent et se ressemblent.
Les idées noires se rassemblent dans le repli.
Repli sur soi-même. Toi-même.
On en oublie ceux que l’on aime, ce que l’on sème.
On s’oublie même.
On se lamente sur son sort et on ne s’en sort pas.
On ne veut pas s’en sortir.
Confort.
Enfermé, terré, seul avec soi-même.
Rien à craindre, en surface.
Tout au fond. Larmes de fond. Toujours.
Homme à l’amer.

Puis lentement, on ne sait trop pourquoi - peut être par besoin ou par manque – on remet son masque.
On tire le voile. On se remet dans le vent.
Homme du monde.
La vie dite « normale » reprend son pli. C’est la fin du repli.
On repart tout doucement. Un pas vers l’autre.
C’est reparti.
Jusqu’à quand ? Jusqu’à qui ?
C’est reparti. Vite.
Alors, comme à chaque fois, on oublie juste une chose.
On oublie de changer l’eau des pleurs.
On n’oublie pas, en fait. On sait. On sait qu’il y aura un prochain repli. Un prochain besoin de creux de vague et de larmes de fond.
Alors on ne change plus l’eau des pleurs.
On vit avec.

lundi, 16 janvier 2006

Juste sans rien dire

Je suis resté longtemps sans rien dire
Juste à te, nous, regarder comme ça
Juste à genoux te sentir fuir
A ce jeu nous ne trichons pas

Et moi je ne trouve pas ça juste, non
Juste que si je reste longtemps sans rien dire
C’est que cet instant feutré donne le ton
Et non que je ne sache pas le saisir

Je suis resté un temps sans rien dire
L’instant d’une vie qui passe
J’ai pensé me regarder grandir
Tout juste penché, te regarder en face

Et moi je ne trouve pas ça juste, non
Juste de ne pas avoir eu le temps de dire
Que je n’étais pas prêt à lui donner un nom
A la voir de si près, à la laisser sévir

Je suis resté pourtant sans rien dire
Le regard blessé, les lèvres glacées
Je suis resté ne croyant pas sentir
Une cicatrice qui ne pourra plus s’effacer

Et moi je ne trouve pas ça juste qu’il faille s’y faire
Justement parce que l’on ne s’y fait pas
On se ment, on se rassure, on veut la taire
Mais cette blessure restera toujours au fond de soi

Je suis resté sans rien dire
Mais je voulais crier, hurler, gémir
Je suis resté et je t’ai vu partir
Comme si d’une main j'aurais voulu la retenir

vendredi, 13 janvier 2006

Fort en t’aime

(Juste une envie de le remettre en haut de la pile...)
(1ère publication le 30.12.2005)


J’aime quand ma plume renaît de ton papier glacé
J’aime quand tu conjugues notre futur et qu’on pose le passé
J’aime quand tu es cri sur les traces de mes pas
J’aime quand mes mots se retournent vers toi

J’aime quand tu serres tes poings à la fin de mes phrases
J’aime quand tu enlèves un « s » et qu’à la fin tu m’embrases
J’aime quand tu plonges au fond pour nous remettre en forme
J’aime quand tu danses le bonheur jusqu’à ce que je m’endorme

J’aime quand tu accordes ton féminin avec le verbe aimer
J’aime ces images que tu projettes vers notre avenir rêvé
J’aime ces rimes que tu dessines de ton regard fragile
J’aime quand tu effaces mes revers avec ton côté pile

J’aime tes mots sur mes lèvres et tes lèvres sur mes maux
J’aime quand tu imprimes des bises à l’odeur de ta peau
J’aime quand tu me dis tout bas que c’est un moment fort
J’aime quand tu me donnes la parole juste pour te dire encore

Papiers à l'être

Tous ces écrits en guise d’écran
Protecteur ou bien miroir
Que je m’écris si je suis à cran
Que je m’adresse pour mieux me croire

Tous ces papiers que je me laisse
Tous ces maux, toutes ces faiblesses
Ces sans réponse, ces sans défense
Sans commentaire, indifférence

Et tout ces cris que je contiens
Tout ce bonheur entre nos mains
Nous laisse sans voie si l’on ne fait rien
Presque immobiles le long du chemin

Tous ces mots d’elle sur le même motif
Tous ses rappels les nerfs à vif

Sont dans mon cœur et dans mes cris

Comme un mot d’ordre pour toute une vie

Tous tes cris deviennent les miens
Car toi et moi nous ne faisons qu’un
Tous mes papiers répondent aux tiens

Avec moi j’ai toujours le mot de la fin
Émoi, j’ai toujours peur de la fin


Avec une très belle réponse formulée par Didier ici

lundi, 9 janvier 2006

Effet mère

Il y a des visages qui ne s’oublient pas comme ça. Des visages que l’on n’oubliera jamais.
On ne les a pas vu depuis longtemps. Si longtemps. Trop longtemps. Et pourtant on ne les oublie pas.
Ils reviennent comme ça, sans prévenir, en plein milieu de nos vies sages.
Comme un flash qui nous paralyse un bref instant. Comme une image figée au fond de soi qui revient d’un coup au premier plan.
Juste une image, l’espace d’un instant.
Vision éphémère.
Ça vous prend comme ça, sans prévenir. Ça vous heurte, ça vous percute en plein ventre, en plein cœur, ça vous remue de l’intérieur, ce visage qui s’affiche de manière incontrôlable en face de vos yeux.
A peine le temps, à peine de quoi faire bonne figure. De quoi juste rester paralysé, figé. L'image s’impose et vous la laissez occuper tout l’espace.
Collision.
Tout s’arrête, le temps s’arrête, le corps s’efface, plus aucun mouvement, plus aucun bruit, plus aucune parole.
L’espace est occupé. Vos souvenirs prennent le dessus sur votre présent.
Comme ça, d’un coup.

Image du temps. Érosion de la vie. Ce visage emprunt de toutes ces tempêtes, ces sécheresses, ces orages, ces accrocs, ces coups, ces bleus, ces bleus à l’âme, ces brûlures, vous le connaissez par cœur. Toutes ses marques indélébiles apposées par la vie sont gravées en vous. Vous en connaissez tous les traits, tous les plus profonds détails et les raisons de leur existence.
Et puis, il y a de la douleur dans le rappel de ces détails, dans le rappel de l’histoire de chacun d’entre eux et des détails de chacune de ces histoires.
Ça vous effraye. Ça vous fait un peu peur d’être capable de vous souvenir d’autant de détails qui font la singularité de ce visage. De ce visage qui vous rend visite.
Il y a cette anxiété, ce malaise, ce vide face à cette faculté de pouvoir se remémorer autant de fragments de vie que l’on croyait disparus à jamais, enfouis au plus fin fond de soi-même. Un peu comme une perte de contrôle, comme un involontaire dépassement de soi.
Tous ces effets secondaires du passé, cette résistance à l’oubli, ces échos à l’infini, ces ricochets sans fin, ces répliques du tremblement de l’être, sont en vous à jamais.
Cela fait partie de vous. Vous le savez. C’est la vie.

Ce visage était celui de ma mère. Je ne me suis pas rendormi.

vendredi, 6 janvier 2006

ON/OFF #2

ON : 10 janvier - OFF : 11 février 2006
Vernissage le 13 Janvier, à partir de 19h.


L'expo ON/OFF revient, dans un nouveau lieu, resto et galerie à la fois :
Dune
18, avenue Claude Vellefaux 75010 PARIS M° Goncourt / Colonel Fabien


N'hésitez pas à en parler autour de vous...


delphinE est
Vincent par ici

jeudi, 5 janvier 2006

Découverte

Lorsque l’on écrit, c’est pour être lu et savoir si ce que l’on écrit parle aux autres, si la manière dont on écrit plait, etc.
Plus que cela, derrière ce que l’on écrit il y a des idées, du ressenti et parfois du vécu. La meilleure des récompenses c’est de pouvoir démarrer un vrai échange à partir d’un texte que l’on a écrit.
Mes premières visiteuses se souviendront de combien j’étais friand de commentaires. Et je le suis toujours…
Aussi, il y a quelques temps, j’ai découvert le blog de Valérie :

Parce que ces textes sont beaux et ne trichent pas.
Parce qu’elle dit tout haut ce qui sommeille en nous.
Parce qu’elle le dit de manière intacte, sans rien déguiser.
Parce que elle, elle le fait sans se cacher derrière des jeux de mots et autres pirouettes, je vous invite tous à vous y rendre, à lire et à lui faire part de vos commentaires.
N’hésitez pas à y aller souvent, cet endroit mérite beaucoup plus de visites qu’il n’en a.

mercredi, 4 janvier 2006

Un temps pour elle

Perdre son temps n’est pas toujours du temps perdu.
Je veux encore perdre mon temps pendant longtemps.
Perdre mon temps pour te dire que tout est possible. Que tu es là et que rien n’est jamais trop tard.
Je veux perdre mon temps à te dire qu’il faut le prendre.
Ne pas se presser. Non.
Laisser venir. Laisser monter en soi ce besoin, cette envie de vivre, cette rage qui se cache quelque part.
Je veux te dire qu’il est possible de vivre avec les plus pénibles souvenirs, les blessures, les plaies béantes, les non-dits, les faux semblants, les colères, les regrets, les peines perdues et les ressentiments à côté de soi.
Il faut se donner du temps.
Il faut se donner du temps pour supporter le poids des maux.
Ce poids d’une lourdeur insoutenable pendant la nuit. Intransportable pendant le jour.
A chaque mouvement à chaque pensée, des souvenirs plein la tête résonnent sans raison apparente.
Cent raisons apparentes.
Ca fait mal au cœur, au corps, au regard des autres, à la vie, au sommeil, à la joie, au bonheur, au sourire.
Le choc.
Mais le temps est là. A chaque seconde, à chaque minute, à chaque heure de chaque jour, de chaque nuit.
Il faut le laisser faire, le temps.
Il est là.
Il est pour toi. Tu as le temps pour toi. Tout ton temps.
Il est là. Il te protège.
Il est là. Comme un désir violent, vital.
Il est la vie.
Je veux perdre mon temps à te dire qu’il faut prendre le temps de vivre.
Ça peut prendre toute une vie.
Mais il est là quoi qu’il arrive.
Toujours.
Tout le temps.

lundi, 2 janvier 2006

Patagonie

Photos : Roger - collection personnelle - voyage en Patagonie déc. 2005


Deux cent froids dans le dos plus tard, j’arrivai à destination.
Je me demandai si ce lieu méritait toujours sa réputation.
Mais, quand le voile de brume s’est levé, que le soleil nous a dominé, j’ai compris.
J’ai compris pourquoi les gens d’ici ne vous parlent que de leur amour pour leur terre.
J’ai compris pourquoi ils ne veulent partir nulle part ailleurs quelque soit la dureté du métier qu’ils exerceront ici.
J’ai compris pourquoi les enfants ont ce sourire qui n’existe pas autre part.
J’ai compris pourquoi je voulais voir cet endroit.
Et, quand la mer m’a laissé l’approcher, que les odeurs de sel, de terres arides, de plantes poivrées et de nature intacte se sont toutes mélangées, je me suis assis au bord de l’eau et je l’ai écouté me chanter la magie de la Patagonie.
Plus tard, je me suis assis au bord d’une piste et je me suis laissé guider par les couleurs.
Un enchantement de verts, de bleus, de rouges, de jaunes que l’on ne retrouve pas ailleurs.
Non. Pas ailleurs. Ici et maintenant. La magie.
Soudain, un jeune renard s’est approché.
Son regard m’en a appris beaucoup.
Il m’a dit que les hommes qui s’assoient ici sur le bord des pistes sont de plus en plus rares. Ils préfèrent passer dans leurs bus climatisés sans s’arrêter car faire sa connaissance ne leur vient plus à l’esprit. Ils roulent vite et dégagent une fumée de poussière insupportable. Il se dépêchent- ils sont en vacances- pour avoir le sentiment d’être les premiers à atteindre un point panoramique qui leur a été tout spécialement fabriqué et pour repartir illico dans leur bateau de croisière. Ce qu’ils verront n’égale en rien ce que l’on peut voir en s’écartant juste un peu de la piste et en se laissant guider par ses rêves dans la pampa. Il faut juste faire attention aux serpents.
D’ailleurs, il n’y a qu’à le suivre lui le renard. Alors je l’ai suivi. Et j’ai rêvé. Beaucoup rêvé dans la pampa.
J’ai rêvé qu’il m’accompagnerait au bord de la petite saline qui a la même couleur rose que les flamands qui y ont élu domicile.
J’ai rêvé que nous croiserions au passage quelques nandous apeurés.
J’ai rêvé qu’il me guiderait vers des lieux où l’on verrait un jeune guanaco faire son jogging au milieu des pingouins.
J’ai rêvé qu’il m’emmènerait là où sont les plus beaux couchers de soleil de Patagonie.
J’ai rêvé qu’il me ferait croiser le regard des lions de mers et des otaries.
J’ai rêvé qu’il me ferait partager la vie d’une colonie de pingouins de Magellan.
J’ai rêvé qu’il me ferait dormir dans des estancias où l’on a l’impression de venir visiter sa famille et de la quitter en partant. Là où il n’existe pas de mot pour qualifier la viande que l’on mange et les autres plats préparés par la grand-mère maternelle.
J’ai rêvé qu’il me laisserait prendre des pistes où l’on ne passe jamais mais où les hommes partagent avec toi leur « Maté » et te racontent comment ils travaillent la terre et font pousser tout ce que l’on connaît de fruits et de légumes.
J’ai rêvé qu’il me ferait asseoir sur les bancs de la toute première école secondaire de Patagonie qui fut créée en 1906.
J’ai rêvé de tout un tas d’autres belles choses encore. Mais au fur et à mesure que je les raconte, une boule, cette fameuse boule, se resserre à nouveau dans ma gorge…

Tout ceci n’était pas un rêve mais un voyage en Patagonie. Il suffisait juste de s’écarter un peu des sentiers battus.
Vous comprendrez que j’étais un peu triste de quitter mon rêve mais content d’avoir vécu tout ça.