Je t'ai l'encre!


vendredi, 24 février 2006

Ta page nocturne

La nuit, j’écris. Je tourne les mots dans ma tête. Je les assemble. Ils se ressemblent. Je les éloigne. La nuit.
La nuit, j’écris. Je froisse les pages de mon cahier.
La nuit, j’écris ce qui occupe mon sommeil.
J’écris tard. Je déchire des feuilles.
La nuit, j’écris.
Le jour, je plie. Je plie tous ces papiers chiffonnés, tous ces papiers raturés. Tous ces essais manqués.
Le jour, je plie sous le poids de la vie. Le jour, je vis en vrai. Le jour je m’inscris dans la réalité.
La nuit, j’inscris mes rêves.
La nuit, j’écris sur des pages blanches que je jette après. Beaucoup de ratures. Beaucoup d’écrits ratés.
La nuit, j’écris sur des pages blanches.
Mes nuits blanches.
La nuit, j’écris sans faire de bruit. Comme une activité clandestine que l’on n’ose pas s’avouer.
La nuit, j’écris sans faire bruit. Comme des moments que l’on devrait savourer.
La nuit, j'écris et puis c'est tout.
La nuit, j'étouffe mes cris sur du papier.
La nuit, j’écris mon bonheur. Mes jours sont des rêves éveillés. La nuit je les raconte. La nuit j’écris mes souvenirs de ce chemin parcouru. La nuit je pense à mes blessures passées d’avant-bonheur, jamais vraiment refermées.
La nuit, j’écris ma nostalgie. Cette peur que ça s’arrête, que cela soit bousculé, dérangé. Ce petit peu de ne pas y croire.
La nuit, j’écris les mots comme ils me viennent.
La nuit, je crie mon bonheur. Mon amour. Ma joie. Mes peurs. Mes doutes.
Le jour, je suis sûr de moi. Mon bonheur me donne des ailes. J’avance.
La nuit, je doute. Parfois. Souvent.
La nuit, tu dors et je te regarde. Longtemps. Sans bouger.
La nuit, j’écris à tes côtés.
La nuit, j’écris, délivre mes faiblesses.
La nuit, je rempli des carnets de ma spirale infernale d’incertitude.
La nuit j’écris sur des papiers glacés que je jette après.
Ce matin, je l’ai gardé.

Les deux font le père

J'avais encore envie de parler de ma vie de père.
Alors c'est fait. Chez Griz.
Parce que j'aime bien la manière dont elle nous fait vivre sa vie de mère qui démarre.

lundi, 20 février 2006

Nés sous la mauvaise étoile

Je voudrais choisir une lumière épaisse pour faire contre-jour à l’oubli. Que cette lumière éblouisse jusqu’à la fin des temps les yeux de toutes nos générations.
Je ne voudrais pas qu’on oublie. Non. Tous ces chiffres gravés à même la peau.
Je ne voudrais pas qu’on oublie toutes ces horreurs innommables qui font encore trembler la nuit leurs survivants et ceux à qui ils ont tout raconté.
Je voudrais pouvoir marquer dans chaque mémoire le triste souvenir de ce qui se passait là-bas. De ce qui se passait nuit et jour.
Je ne voudrais pas qu’on oublie. Non. Tous ceux dont la vie s’y est arrêtée. Tous ceux qui ont fui, couru, passé leur vie cachés, terrés. Tous ceux qui repliés dans leur peur, leur souffrance, leurs blessures indescriptibles ont mis des années avant d’en reparler.
Je ne veux pas qu’on oublie tous ceux qui sont nés sous la mauvaise étoile. Qui n
e l’avez pas choisi. Tous ceux qui voulaient juste vivre. Grandir, apprendre, courir, aimer les autres, aimer la vie. Etre libres. Ne pas avoir peur de leurs origines. Ne pas se dire en permanence être né sous la mauvaise étoile.
Je ne voudrais pas qu’on oublie tous ces gens. Tous ces gens de toute origine. Toute religion. Toute conviction.
Je ne veux pas qu’on les oublie.
Je ne veux pas faire silence et frôler une rechute.
Une rechute, oui, parce que ce monde est malade. Parce que nous sommes malades.
Malades au point de ne pas nous aimer. De nous entretuer.
On brûle des gens, on fusille, on torture, on fait souffrir, on gaze, on décapite, on tue. Et ça ne s’arrête pas. Ça ne s’arrête plus. Ça traverse le temps.
On tue son prochain parce qu’il est différent. Parce qu’il ne nous ressemble pas. Parce qu’il ne parle pas le même langage. Parce qu’il ne prie pas le même dieu. Parce qu’il ne mange pas la même chose. Et pourtant, on aurait tant à apprendre à échanger avec lui. On peut tellement apprendre les uns des autres. On peut construire tellement de choses fortes, solides.
Mais non. On tue. On tue son prochain parce qu’il ne serait pas né sous la même étoile. Ou parce que la sienne est d'une autre couleur.
Comme si c’était normal. Comme si cette mort faisait partie de la vie.
Mais il n’y a pas de "comme si".
Stop.
Arrêtons ça.
The game is over.
Bonnes ou mauvaises, nous naissons sous les mêmes étoiles.

vendredi, 17 février 2006

Peine ombre

(note numéro 100)

Il n’y a pas de bouée pour ceux qui se noient dans une piscine sans eau. C’est comme ça.
On se fait de la peine en s’imposant d’écrire à l’ombre. Juste comme ça. Sans raison apparente. Juste pour tout un tas de petites choses que l’on veut absolument mettre au crédit de l’épreuve. La fameuse épreuve. L’épreuve que l’on décide nécessaire, obligatoire, partie de la vie.
On en oubli le bonheur. On reste à l’ombre. A l’ombre des vagues de lumière qui se sont échouées au pas d’une porte remplacée volontairement par un mur de briques incandescentes retenant toute la chaleur d’une vie à l’extérieur d’un cœur toujours battant. Battant sa coulpe à grands coups d’écrits noirs. De rimes pauvres et de nostalgie textuelle.

On ne peut pas tendre la main à ceux qui les cachent dans leur poche. C’est comme ça.
On se fait de la peine en s’imposant de peindre à l’ombre. Sans motif original. Juste par lassitude. Fatigué de voir les traits tirés de toute une vie lacérer la toile de leur propre histoire.
On en perd la satisfaction de pouvoir créer son propre langage. On reste à l’ombre. A l’ombre des mains-fortes à qui l’on ne prête plus parole. On se barricade derrière une bouche cousue jusqu’à ce que l’écho des mains tendues retentisse dans les abîmes les plus profondes d’une raison qui fini par déteindre sur le cœur. Achevant la décoloration de toute une vie par surdosage de pigment noir. Laissant la brosse assécher les dernières gouttes d’une peinture surchargée par les doutes.


C’est comme ça. A l’ombre de sa propre peine on conjugue au présent le temps passé à ne pas miser sur le futur.

C’est comme ça. A l’ombre de sa propre peine on peint le tableau périodique des éléments perturbateurs qui troublent la lumière de chaque jour qui se lève.

lundi, 13 février 2006

Levée de bonheur

Pendant qu’il y en a qui lèvent des fonds et des capitaux, moi je lève du bonheur. Je trouve cela capital, au fond.

dimanche, 5 février 2006

Prose acte

Sous mes mots se cache la rage. La rage de vivre. L’envie d’être. L’envie d’aller. D’aller bien. D’aller plus haut. D’aller plus vite. D’aller plus loin.
A chaque instant, je ressens comme un évident mais surtout inévitable besoin de construire des remparts. De me barricader et de repousser comme je peux tous ces démons qui m’attendent derrière la porte entrouverte d’un passé plus ou moins pesant. Ils m’attendent à chaque instant. A chaque mot. Au tournant de chaque virage. A la tournure de chaque phrase. A chaque virgule.

Et puis l’étau se resserre à la fin de chaque phrase, à chaque poing serré à la force de toutes ces plaies perdues. De toutes ces plaies noyées par vagues d’alcool ennemi, à grands coups d’ « eau-de-mort ».
L’étau se resserre, la raison presse le cœur jusqu’à ce qu’il expulse tout ce sang, tout ce froid réfugié au verso des souvenirs que je refoule à la frontière de ma vie. J’en saignerais presque toutes les larmes de mon corps comme un signal d’alarme pour dire « stop, je peux pleurer encore ». Encore.

C’est à prendre au pied de la lettre ou à laisser. Ecrire pour desserrer l’étau. Ecrire pour ne pas laisser fuir la rage de vivre, guettée par tous ces vieux démons.
Ecrire la porte entrouverte. Rampart.
La facture des lourds souvenirs se présente ainsi. C’est un peu comme le rejet d’une greffe qui n’a jamais eu lieu. Parce qu’il n’est jamais trop tard pour desserrer l’étau. Parce qu’il n’est jamais trop tard pour avoir envie de vie. Furieusement envie.
Alors, je me saisi de l’écriture comme d’un manifeste pour la vie.
J’écris. J’y crois. Je place mes mots comme des pièces sur un échiquier. Je réponds aux questions que j’aurais bien voulu me poser. Je crois écrire aux autres mais je m’écris à moi-même. Je veux donner l’impression d’être léger sous la plume, mais c’est tout le poids des douleurs de mon propre passé que je transcris. Que je transporte. Que je transpose.
J’écris, J’écrase le passé. Je ne jure plus qu’au futur. Rage de vivre, forcément.
A chaque mot, à chaque lettre, je pense cicatriser quelque peu les blessures que je soupçonne de m’empêcher d’avancer.
Je les soupçonne. Je les accuse même. Je suis juge et partie. Victime et inquisiteur.
J’écris pour purger leur peine. Pour purger ma peine.
J’écris à perpétuité. Comme un remède.
Traitement à vie.

mercredi, 1 février 2006

Traits tirés

Des visages à part
Des visages apparaissent
Des visages disent part
Des visages disparaissent

Des visages qu’on envisage
Des vies sages qu’on envie
Des corps sans visage
Décor de la vie

Des portraits qu’on empile dans sa tête
Des faces qui s’effacent côté pile
Des profils qui s’impriment en cachette
Des visages aux contours si fragiles

Des sourires comme pour faire bonne figure
Des souvenirs qui nous font perdre la face
L’air de rien, perdre sa fière allure
Après tout, c’est juste la vie qui passe

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