Je t'ai l'encre!


samedi, 29 avril 2006

Je veux du relief

Tout relire à la lumière des jours passés.
Tourner des pages lourdes de faiblesse, de maladresse et d’inachèvement.
Relier l’ensemble à coup de lettres dures déposées dans la boîte à l’être par un facteur aggravant.
Il y a qu’avant c’était une vie comme une autre. Il y a qu’avant la solitude m’allait si bien. Il y a qu’avant tout était plat. Platitude. Attitude insignifiante. Il y a qu’avant tout était banal, anodin, ridicule. Il y a qu’avant je ne me souciais pas de l’après. Il y a qu’avant tout était plat et infini. Indéfini. Singulier.
Il y a que maintenant je ne vibre plus que par toi, par vous, par nous. Il y a que maintenant j’ai besoin de relief. De montagnes à gravir. De lunes et de sourire à décrocher. Il y a que maintenant je veux du relief. Toujours. Tout de suite. A chaque seconde.
Je veux de l’impossible. De l’impensable. Je veux du relief. Du brillant. Dans tes yeux. Dans les siens.
Je veux du pluriel. Du toi, du moi du nous. Je veux des formes. Des formes de vie. Des formes de joie.
Je veux du relief. Des lettres d’or. Un souffle de nos vies.
Le bonheur appelle le bonheur. La joie appelle la joie.
Je veux du relief. Je veux dévorer la vie. Encore. Des Noëls en été. Des étés en hiver. Des fêtes sans raison. Juste parce que l’on s’aime et que cela se fête toujours. Tout le temps.
Je veux du relief. Des danses. Des éclatements de joie. Des rires. Les tiens. Les siens. De la fierté. Du bonheur, pas du devoir. De l’emballement. Repousser les limites. Aller plus loin. Plus haut. Pour vous, pour nous.
Je veux du relief.

mardi, 18 avril 2006

Fuite en avant

Faire des ronds autour de cibles sans cœur
Se sentir désarmé et sans détente
Conjuguer vouloir au passé décomposé
S’en vouloir un peu plus
Tout du moins
Et puis vivre
Regarder le futur droit dans les yeux
Et lui tendre la main

mercredi, 12 avril 2006

Brise de conscience

Photo (c) Anouschka sur Ellanaveva


Il y a du vent.
Un vent qui me repousse à la frontière de ces lieux. Qui me pousse dans mes retranchements.
Retranché, reclus dans mes souvenirs.
Je viens de parcourir des routes méconnaissables. Je me suis perdu en chemin. Sur le chemin du passé. Je croyais pourtant connaître par cœur l’itinéraire qui me mènerait ici. J’étais sûr de l’avoir gardé dans mon cœur, gravé en mémoire. J’en étais sûr.
Il y a du vent. Des rafales viennent déranger le calme que cet endroit a toujours offert avec tant de générosité.
Comme si les temps avaient changé. Comme si il était trop tard.
Il fait froid. Je ne comprends pas comment cela peut arriver. Comment il peut faire si froid ici. Précisément là où nous pouvions réchauffer nos âmes adolescentes. Nous rouler dans des foins remplis de soleil. Courir sur des sentiers aux milles parfums chauds et enivrants.
Il fait froid très froid mais il parait qu’il peut aussi désormais y faire chaud, très chaud. Comme dans un désert. Sans prévenir.
Cette brise glaciale me fait peur. Le souffle tiède de la terre, ce souffle porteur de vie, de joie, de futur a disparu. Je n’avais jamais eu peur du vent. Avant.
Cette brise glaciale transporte l’intransportable, l’inhumain. Comme une odeur âcre. Comme un bruit d’épouvante.
La forêt a laissé place à un vaste désert de terre à la couleur indescriptible. Il est toujours très douloureux de devoir faire le deuil de centaines d’arbres centenaires. Où sont ils passés ? Les arbres. Les hommes. La terre humide et fertile. Les blés. Les vignes. Les ruisseaux. Cette eau si claire.
Comme une odeur d’abandon. Quelqu’un passe au loin, tête baissée. Le long de quelques vestiges de béton armé d’où s’écoulent à flot des jets de rouille.
Où sont ils passés ?
Où est elle passée ? La campagne de mon enfance.
Mon enfance. Disparue avec elle.
Alors.
Alors, cette brise glaciale m’enserre. Me paralyse. Elle a tout balayé cette brise. Nous avons tout balayé. Détruit.
Je suis perdu. Je me sens impuissant.
Je suis désorienté par ce vent, ces odeurs, ces couleurs qui n’ont rien de naturel, cette terre sèche aux émanations saumâtres.
Il y a du vent.
Un vent de désespoir. De fin. De destruction. Plus personne ne connaîtra d’arbres centenaires. Nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis.
Il y a du vent. Un vent de tristesse.
Et de révolte aussi.
Mon paradis d’enfant est devenu un cimetière.

dimanche, 2 avril 2006

Le début de la fin

Et puis un jour, des combats de rue à l’angle de nos vies.
Des voix sans issue qui parlent pour ne rien dire.
Des reflets de sang sur des miroirs de peau impossibles.
La course à l’improbable comme seule sortie de secours.
Des compétitions isolées.
La violence des sentiments, des sentiments de violence.
Le début de la faim. La soif de l’autre.
Nous nous perdons sur des lignes droites.
Il n’y a plus que soi qui compte.
Plus que ça. Et ça va mal.
Les émotions se perdent et les batailles aussi.
Des regards immobiles, des corps en mouvements.
Courir dans les rues saccagées.
Fuir les coups.
Les jambes à son cou. Mais tête perdue.
Des corps qui courent.
Décor de désordre.
Décor donné.
Figure imposée.
Il faudrait faire bonne figure.
Nettoyer les visages maculés.
Les regards d’en face.
Effacer le désordre.
Désunion. Désorganisation. Trouble. Chaos.
Chaos moral aussi.
Oh ! si…
Dispersion !
Divagation. Rêves éveillés.
Finalement.
Nous nous perdons sur nos lignes droites. Jusqu’au mensonge.
Des secrets que l’on détruit au détour des chemins.
On clame. On acclame.
La fin du monde. Le début. L’extension.
On ne sait pas, on ne sait plus. On ne saura jamais.
Effusion. Perte de sang.
De mémoire aussi.
Sang mémoire.
L’histoire. Le passé. Pas si simple.
Moments troubles.
Gens impeccables.
On tire sur les limites de la Fraternité. Au-delà de l’insupportable.
On tire sur la corde jusqu’à l’étouffement. L’inévitable.
Alors on emmure ces souvenirs insubmersibles.
On autorise quelques murmures.
Et encore.
On nous dit qu’il faut attendre plutôt qu’agir.
Wait and see.
C’est tout vu. C’est foutu.
Attendre. Comme des chiens à l’arrêt.
Arrêt. Stop. Fin.
Terminus. Tout le monde se descend. Sang le savoir.
Le début de la fin.