Je t'ai l'encre!


jeudi, 29 mars 2007

Tu me fais riche

Ecrire à reculons en avançant tout droit. Voilà. C’est un peu ça. C’est ça. Même. Du mal à écrire mais pas à avancer.
La gymnastique intégrée, ça a du bon. Faire le vide en venant du parking. Arriver le matin dans un calme indescriptible. Laisser tranquillement tous les problèmes du jour s’afficher et se dire qu’on trouvera des solutions. Sourire devant un café. La gymnastique intégrée, même en écrivant à reculons, ça a du bon. Tranquille. Faire le vide. Prendre le frais. Se sentir solide. Mettre un z devant haine. Cette haine si difficile à faire partir de nos visages, de tous nos visages, quoi qu’on en dise. Qu’on le veuille ou non, que ça plaise ou non, on en a tous un peu qui dort au fond de soi. Oui. Zen.
Passer la journée à avancer. Avoir le sentiment d’accomplir quelque chose. D’apprendre des autres. D’apprendre aux autres. De construire avec les autres. Ensemble. Complémentaires. Par delà les cultures. Les langages. Les intérêts. Les passions. Dépasser ça et avancer.
Repartir le soir. Faire le vide. En allant au parking. Soleil dans le dos. Avancer. Ecrire à reculons. Se dépêcher. Presser le pas. Besoin d’amour. Besoin de famille. Mettre un m à la place du n. La gymnastique intégrée, ça a du bon. Ca donne le temps. Le temps d’écrire à reculons. Le temps de sentir combien on devient dépendant de l’amour que l’on donne et de celui que l’on reçoit. C’est le soir qu’il y a des odeurs de cuisine sur la route du parking. Mais ce soir je ne les ai pas senties. J’avais en tête, j’avais en moi, les odeurs uniques de chacune de mes filles, leurs parfums d’enfant, leur douceur. Et puis toi, ton parfum d’amour cette sorte de richesse qui s’est inscrite en moi. Se sentir riche d’amour. Avancer.

dimanche, 18 mars 2007

au bord de l'autre

Je me suis assis au bord de l'autre
Cette part de moi qui fait des vagues





Photo: Imparfait Présent

vendredi, 16 mars 2007

Juste sans rien dire (2)

Je suis resté longtemps sans rien dire
Juste à te, nous, regarder comme ça
Juste à genoux te sentir fuir
A ce jeu nous ne trichons pas

Et moi je ne trouve pas ça juste, non
Juste que si je reste longtemps sans rien dire
C’est que cet instant feutré donne le ton
Et non que je ne sache pas le saisir

Je suis resté un temps sans rien dire
L’instant d’une vie qui passe
J’ai pensé me regarder grandir
Tout juste penché, te regarder en face

Et moi je ne trouve pas ça juste, non
Juste de ne pas avoir eu le temps de dire
Que je n’étais pas prêt à lui donner un nom
A la voir de si près, à la laisser sévir

Je suis resté pourtant sans rien dire
Le regard blessé, les lèvres glacées
Je suis resté ne croyant pas sentir
Une cicatrice qui ne pourra plus s’effacer

Et moi je ne trouve pas ça juste qu’il faille s’y faire
Justement parce que l’on ne s’y fait pas
On se ment, on se rassure, on veut la taire
Mais cette blessure restera toujours au fond de moi

Je suis resté sans rien dire
Mais je voulais crier, hurler, gémir
Je suis resté et je t’ai vu partir
Comme si d’une main j'aurais voulu la retenir

(réedition - version originale janvier 2006)

mardi, 13 mars 2007

Aiguillage

Ce soir, sur le chemin du parking, il y avait encore des odeurs de focaccia mozzarella-ruccola qui émanaient du bar vers lequel m’avait traîné vers 15 heures un collègue tessinois qui est définitivement fâché avec les horaires de la cantine. Ça sentait le soleil. Le beau soleil de printemps qui fait briller les montagnes blanches que l’on voit en levant un peu la tête. Ca sentait le soleil et ça faisait chanter la mozzarella.
Il y avait aussi toute une boîte d’épingles et d’aiguilles renversée au sol, sur le trottoir. Tout un tas complètement mélangé. Un peu comme ce mélange dans ma tête. Cette fois beaucoup moins doux que la ratatouille. Un peu plus « titillant ». Le cocktail aiguilles – épingles lui va bien à ce mélange. Des tas de petits trucs qui me passent par la tête que je voudrais écrire et partager et qui me piquent comme des aiguilles quand j’y pense. Au point de me faire sursauter violement sur ma chaise, d’en étonner ma collègue et de lui faire recracher son chocolat préféré.
Des tas de petites aiguilles. Des vices, des faiblesses, des envies d’être parfait au présent, au passé, au futur. Des sentiments de culpabilité mélangés à des cactus d’Arizona. Du soleil. Des odeurs de Baby Porc Ribs prenant le dessus sur la mozzarella.
Des odeurs d’Arizona, entrecoupées de brèves piqures d’aiguilles.

En Arizona aussi ça sentait le soleil. En novembre. Grand ciel bleu et 25 degrés à midi à Phoenix. De la neige sur le Grand Canyon… Ca sentait le soleil. Le vent chaud qui rentre jusque sous ta peau et qui te fait oublier qu’en Suisse c’est l’hiver. Ca sentait tout ça et moi je me sentais loin d’être parfait. Déjà. A l’époque. L’Arizona, c’est des framboises grosses comme mon poing. Des tortillas mexicaines et une sauce qui te réconcilie avec tous les piments de la terre. Des assiettes de Baby Porc Ribs gigantesques. Des paysages à couper le souffle. Des déserts qui te parlent quand tu t’assoies longtemps face à eux. Des cactus qui piquent. Des cactus partout. De la bière avec un piment à l’intérieur. Une couleur ocre qui s’imprime pour le reste de ta vie sur ta rétine. L’Arizona, c’est des heures entières qu’il faut pour la raconter. Toi qui lis tout en 21 secondes. L’Arizona c’est l’Amérique. Des gens merveilleux. Comme on peut en trouver partout. Suffit de les regarder dans les yeux pour les repérer. Pendant qu’il y en a qui les mettent tous dans le même sac, moi je les regarde dans les yeux. Et je les aime. Parfaitement.
L’Arizona c’est des gens qui m’accueillent comme un fils et n’en finissent pas de me féliciter pour la naissance de ma première fille. Je me sens comme un père plutôt pas parfait et qui a laissé toute sa petite famille là-bas en Suisse. Une boule dans le ventre et des fourmis dans le bras qui me rappellent que pendant ce temps là je pourrais faire des tours de salon en la portant dans mes bras pour passer les premiers bobos au ventre.
En Arizona, pas de boue sur les bas de pantalons mais aussi une grosse centaine de personnes en face de moi. Ils ont tous 20 ans d’expérience de plus. Ils sont américains. Chirac et Bush viennent de se fâcher tout rouge à cause de l’Irak. J’ai beau essayer, mon accent français, même sur un malentendu, il se repère. Alors, ce n’est pas parfait, c’est frenchy et ça a 20 ans de métier de moins mais ça ne peut plus reculer maintenant. Je parle. Je leur parle. Je leur parle dans les yeux. Je n’en fais pas trop. Je suis moi. Comme je suis. Comme je peux. Ils applaudissent. Il y a cette dame généreuse qui me serre dans ses bras comme une mère. 20 ans de plus. Contre sa poitrine généreuse comme elle. Je me dis qu’on pourrait en mettre un comme moi dans chacune de ses jambes de pantalon alors que pourtant j’ai du apprendre plus d’une fois à dire « nonante » au module vocal de mon pèse-personne. C’est l’Arizona. Je fais la meilleure présentation de la semaine. Je fête cela avec un homard géant des côtes californiennes qui coûte le prix d’une petite fondue en Suisse. L’Arizona c’est parfait. Je m’asseois dehors le soir en regardant le soleil descendre et les dégradés de couleurs ocre et feu se déplacer sur une montagne en forme de dos de chameau. Je ferme les yeux. Je voudrais être avec ma femme et ma fille en train de regarder ça. Père loin d’être parfait. Loin de chez moi. C’est loin l’Arizona mais ça reste tout près dans mon cœur. A côté de la Patagonie, de la Réunion et des Préalpes.

Le soleil fait briller les têtes d’épingles et les pointes d’aiguilles sur le trottoir. Briller : c’est ça ! Sentir le soleil. Je dois encore croire que pour briller il faut être parfait. Pourtant l’Arizona – entre autres – m’a prouvé le contraire. J’étais loin d’être parfait mais ça a marché. J’étais moi-même.
Peut-être qu’on ne se refait pas. Ou qu’il faut du temps pour cela. Que les aiguilles doivent piquer encore un peu – tant pis pour le chocolat – pour que je finisse par comprendre. Ou peut-être que j’ai déjà compris. Que je sais qu’il faut que je lâche mon frein. Que je me lance sans attendre la perfection ultime. Que briller c’est juste être soi-même, authentique. Et que c’est ce que je sais faire de mieux, être moi-même. Ne pas me déguiser, ne pas jouer de rôle. Authentique. Peut-être que c’est ça ma manière d’être parfait, au fond.

samedi, 10 mars 2007

Des vrais défauts

Photo (C) Phédia Mazuc - Tous droits réservés

Et voilà
Encore un de plus
Un de nous
Et nous deux
A ce jeu
Nous jouons
Nous voulons
Connaître l’inavouable
De vous à nous
Le jeu de la vertu
J’y joue
Mais que veux-tu ?
J’ai autant de vertus que de vices
De forme au fond
Au fond de moi
Dort l’autre
Ce lui
Celui-là même
Aime le mal
Et moi le bien
Toutes ces émotions incontrôlables
Ces vices, ces travers
Dont on ne peut être maître
Autant de coups au cœur
De sévices à soi-même
Et toi tu m’aimes comme je suis
A travers tout cela même
Ce Hyde qui se cache au fond de nous
Cette inconnue partie de soi
Comme un jeu ou nous jetons nos dévolus
Au fond de nos propres terres
Chut !

dimanche, 4 mars 2007

Mon verbe être

Je voulais t’écrire une chanson torride
Un truc malhonnête
Je voulais sans rire effacer mes rides
Ma mauvaise tête
Je voulais te dire qu’les déserts arides
Ca n’est pas la fête
Je voulais oublier ce morceau de vie
Ces bas sans hauts, ces « moi sans toi »
Et puis déchirer cette partition, ce mauvais pli
Ce quelque chose, ce royaume sans roi
Autrement on oublie bien vite au creux de tes bras
Que les souvenirs s’invitent quand on ne s’y attend pas

Je voulais t’écrire une chanson d’amour
Une lettre ouverte
Un truc pour te dire que la nuit, le jour
Tu es mon verbe être

Je voulais t’écrire une chanson terrible
Un truc qui en jette
Dépasser le mur du son, les lois d’l’impossible
Te faire perdre la tête
Je voulais te faire rire, moi si prévisible
Devenir un peu bête
Je voulais regarder toujours vers demain
La tienne dans la mienne, les regards en coin
Marcher à quatre pieds sur le même chemin
Les yeux dans les yeux, vouloir aller loin
Le futur ne se conjugue que si l’on veut bien
Et bien moi je jure que je serai le tien

Je voulais t’écrire une chanson d’amour
Une lettre ouverte
Un truc pour te dire que la nuit, le jour
Tu es mon verbe être