Je t'ai l'encre!


mercredi, 18 avril 2007

Echos liés

Quelques déliés sur un cahier d’échos liés. Et des pleins aussi. Des trop-pleins, même. Des cris beaucoup. Des écrits surtout. Sur tout. Un cahier qu’on ouvre les dimanches de pluie. Et les nuits d’insomnie. Un cahier d’écrits durs. Des échos à soi-même. Un anti spirale infernale. Des points que l’on relit au fur et à mesure que la vie avance. Des poings que l’on serre avant de tirer la couverture. Des phrases que l’on signe. Des frasques qui nous saignent. A l’intérieur. Petit à petit. Les maux se lient. A l’intérieur du cahier. Une histoire. Une vie. Des échos. Des accords. Des encore. Des envies. Encore envie. En corps, en vie. A l’intérieur. Page après page. Tourner. Vie. Rage.
Vidée de tout. J’écris, et je sens le battement de mon cœur dans mon doigt, posé sur le crayon. Echos liés de mon cœur. Je repense à l’ardoise, où l’écriture blanche s’affichait sur le fond noir. Noter au dos les erreurs de tables de multiplications. Le cœur était autre. Peut-être innocent comme ce que l’on dit des enfants. Peut-être pas. Vidée de toute une année. L’appeler école, oui, comme une enfant. Le cartable sur le dos, avancer dans les couloirs. Les sacs à main de femme qui remplacent parfois le simple sac à dos. Se rendre compte que la fin est arrivée. Les trois années se sont écoulées. Si vite. Vouloir tout étaler sur un cahier, celui qu’on ouvre les jours tout gris. Un cahier de larmes ou de sourires. Un portrait de soi même, qui fait écho. Savoir que le temps de vivre n’est pas terminé, et qu’il est encore temps d’avancer. Vidée de tout, il est temps de respirer.
Oui, il est encore temps d’avancer. Encore temps. Toujours. Par tout temps. Tous les temps se conjuguent. Les jours depuis. Les jours de pluie. Et puis. Et puis tu sais, je crois que l’on est écolier de sa vie toute la vie. On est en apprentissage à vie. Apprenti sage. La vie s’apprend un jour après l’autre. Une page après l’autre. A l’école de la vie, à l’école de sa vie, on apprend de tout. On apprend des autres. Toujours. On apprend. On donne. On prend. On est écolier. On nait écolier. On le reste. Et on reste parfois tout petit devant des moments pour lesquels il n’existe pas vraiment de classe préparatoire. On reste tout petit toute sa vie face à beaucoup de choses. La cour des grands n’existe pas vraiment. On redouble d’effort. On révise nos avis. On vit. Mais on reste toujours petit. Très petit, face à tout ça.
La vie est comme une grande cour de récréation. Se faufiler entre les cailloux, se cacher sous les arbres, les jours de pluie. Un grand chemin toujours rythmé de tant de rencontres. Sourires souvent, larmes parfois. Grand et petit à la fois. On avance entre les flaques d’eau et les rayons de soleil. On avance, on se pose des questions. Pas toujours les mêmes. Mais. On avance, toujours, parce que c’est le mieux à faire. On avance, encore. Et, le mieux, c’est d’avancer accompagné.

Texte co-écrit avec Maya qui a bien plus que des illustrations dans son sac...

samedi, 14 avril 2007

l'équitable de multiplication

Photo: Cergie

Les mots si on les lie les uns aux autres percent les secrets de ce que nous sommes.
L’émotion persiste et se crée entre les uns et les autres car nous sommes une somme de maux et d’émotions, en somme.
Les hommes, si on les lie les uns aux autres par ce secret qui est l’amour, pourraient ils oublier leurs divisions qui ne tombent pas juste ? Juste une multiplication d’amour, en somme. D’égal à égal.
A moins qu’il faille payer l’addition pour se rendre compte que nos calculs ne valent pas grand-chose.
Et tous ces mots mis bout à bout, ce n’est pas grand-chose et si tu ne les lis pas, je ne t’en veux pas. Ces mots ne sont que des vœux d’amour, de bonheur, de paix, de compréhension, d’entente et de fraternité.
C’est une sorte de théorie des ensembles. Ensemble on se complète, s’apprend des choses que l’on ne soupçonnait pas. Entendre la peur de l’autre me fait parfois, souvent, mal au ventre. L’arrogance, le dédain, et tous ces sentiments de supériorité me glacent le sang.
Les sens uniques entre les hommes n’existent pas. Je veux donner et je veux prendre.

Alors tu peux effacer de ta mémoire ce que tu lis, ce qui te lie. Tu peux oublier les mots, les lettres. Les maux, les êtres. Ne voir que toi dans les miroirs. Moi je vois tout un monde. Un ensemble de mains. Un ensemble de demain. Un monde dans lequel je veux donner et je veux prendre.

jeudi, 12 avril 2007

Ecrire sur toi

Ce matin, je me suis réveillé avec un petit nuage devant les yeux. A little cloud. Un petit nuage en forme de toile. Cette toile à travers laquelle des personnages se découvrent. Cette toile, ce paquet de câbles, ces ondes et ces écrans derrière lesquels avec le temps on s’imagine des personnalités. Je ne t’ai jamais rencontré, juste connu dans ce monde virtuel. Avec le temps, je m’étais imaginé la clarté de tes yeux. Avec le temps la couleur de ta voix s’était imprimée jusqu’à chez moi. Le temps tu l’avais pris pour apprendre à nous connaître sur cette toile. A me connaître. Le temps pour interagir. Le temps pour s’attarder sur mon rôle de père. Le temps pour me faire découvrir un peu ta sensibilité. Le temps pour écrire ensemble sur des sujets qui te tenaient à cœur. Le temps pour me faire écrire en anglais. Le temps pour me laisser deviner un tout petit peu à travers quelques e-mails le Julien qui se cachait derrière ton personnage virtuel. Le temps pour devenir un frère de toile. Nous finissions nos commentaires par « tu me parles comme à un frère ».
Alors, "écrire sur toi", d’accord, je le fais. Mais tu sais pourtant que j’aurais préféré écrire avec ou pour…
Au-delà de la toile, il y a des femmes et des hommes. Il y a toi. Je me disais parfois qu’en posant délicatement nos doigts sur l’écran on aurait presque pu sentir vibrer tes cordes vocales. Et je me dis maintenant qu’il faut au moins une vraie vie entière pour apprendre à connaitre quelqu’un. Que nos vies virtuelles sont si limitées. Qu’elles ne nous permettent pas de nous connaître vraiment. Qu’il y a des liens qui se créent, oui. Que tout cela ne remplace pas et ne remplacera jamais le fait de se connaitre et de s’aimer au-delà de la toile. Alors, écrire sur toi, cela veut dire pour moi avoir une pensée pour celles et ceux qui t’ont connu vraiment, qui t’ont touché, caressé, embrassé, regardé, senti, entendu, aimé.
Ce matin, je me suis réveillé avec un petit nuage devant les yeux. Il faisait froid. Je me suis mis à rouler vers les montagnes et le soleil qui se levait à travers elles. Petit à petit les nuages ont pris des couleurs. Je me suis dit que c’était très certainement les reflets de la couleur de ta voix qui restera à jamais présente parmi nous.

mercredi, 4 avril 2007

Pas que

La vie c’est courir sur un sol qui parfois disparait sous tes semelles. La vie, c’est avancer, la tête pleine d’incertitudes, le cœur gros, le corps brisé. La vie, c’est des doutes, des peurs, des souvenirs qui surgissent comme des lames de fond. La vie c’est des nuits aux yeux encore plus ouverts qu’en plein jour. La vie c’est des envies d’avancer avec des peurs de reculer, des confiances en soi qui disparaissent, des « peut-être », des fatigues, des questions sans réponse, des réponses sans questions, en pleine face, parfois. La vie c’est des faiblesses, des sentiments d’impuissance. La vie c’est des miroirs dans lesquels on ne se reconnait pas. Ou plus. La vie c’est se battre contre des vents contraires, des longues attentes jusqu’à ne plus se souvenir ce que l’on attend. La vie c’est des nœuds au ventre et des sacs de nœuds dans lesquels on n’aurait jamais voulu mettre la main. La vie c’est des déserts à traverser et des soifs qui ne se désaltèrent pas. La vie c’est des courses contre sa propre montre, contre sa propre ombre. La vie c’est parfois n’y voir pas clair en plein soleil. La vie c’est quelques mots qui te détruisent pour longtemps. La vie c’est des regards qui te glacent le sang. La vie c’est des moments que tu voudrais effacer. La vie c’est des mains non tendues. Des impasses et des manques. Des espaces vides. Des secondes qui durent des heures. De la chaleur insupportable, du froid insurmontable. La vie c’est des silences. Des moments inévitables. La vie c’est tout et son contraire.

Mais pas que.

Parce que la vie c’est aussi des chances à saisir. Des joies. Des sourires. Des « toi ». Des émois. Des nous. Des « ensemble ». Des mains dans la main. Des yeux qui brillent. Des « encore ». Des réussites. Des étapes. Des soleils qui réchauffent. Des tapes sur les épaules. Des « merci ». Des reconnaissances. Des avancées. De l’amour. Du bonheur. Des petites choses qui ne s’oublient pas. Des yeux dans les yeux. Des mains dans les cheveux. Des repos mérités. La vie c’est un épanouissement, un horizon qu’on peut toucher du doigt. Des plaisirs. Des régals. Des goûts inoubliables. Des odeurs enivrantes. Des tours de magie. Des passions. Des grands sauts. Des « demain ». Des toujours. La vie c’est le temps qui passe plus vite que tout. La vie c’est des moments simples. La vie c’est être là et se sentir bien. La vie c’est construire des choses. Apprendre. Aider. Pousser. Faire confiance. Aimer.
La vie c’est tout. C’est tout ça. La vie c’est tout ce qu’on a. Et ne me dites pas le contraire.