Instant figé
Peut-être que c’est dans le bonheur et dans la douleur que l’on n’a rien à dire. Peut-être que l’on écrit sur la douleur, sur le bonheur, mais pas dans. Pas dans la douleur. Pas dans le bonheur. C’est un peu comme être là sans rien dire. Oui. Juste sans rien dire. Figé dans l’instant. Ou par. Par l’instant. C’est différent. Et il y a un après. Et c’est peut-être dans cet après que l’on veut dire. Des choses. Et d’autres. Choses. Toutes ces choses en fait. Toutes celles qui sont là calées au fond d’un souvenir. D’un paquet de souvenirs. Douloureux ou heureux. Une peine, une douleur, une blessure. Une joie rappelée, une envie de la renouveler, se sentir bien en y repensant. Presque par procuration. Presque. C’est presque ça « sur » le bonheur, « sur » la douleur. Comme un besoin de refléter à l’extérieur de soi une rémanence qui a élu domicile au fond de soi. Une plaie ouverte, une carte postale. Un bien, un mal. Ce n’est plus l’instant comme on le vit. Non. C’est ce qu’il nous en reste. Cette part de nous qui s’est figée dans l’instant et que l’on tente de ressortir un peu du placard. Ce sont toutes les questions restées ouvertes qui nous préoccupent. Encore. Ce sont tous les détails, toutes les petites choses qui font un bonheur que l’on veut revivre. Encore. Dans l’instant, c’est différent. Ce ne sont pas les mêmes mots. Presque pas la même personne qui en parle. Qui écrit.
Peut-être que je pense à tout ça et que mes idées ne sont pas aussi claires que l’eau de mer qui me chatouille les pieds. Peut–être même qu’il s’agit juste d’un début d’insolation. Un début de sieste. Va savoir. Je m’endors sur le sable et je rentre dans mes rêves. Ca c’est sûr. Mais voilà que le très vénéré ballon « Dora l’exploratrice » me ramène à la réalité en m’emportant mes lunettes et si possible un bout de mon nez. Mais non, je résiste. Et cela fait partie des détails de ces instants de bonheur. Selon ma « théorie », à cet instant précis, j’y serai même figé, dans ces instants de bonheur. Le bonheur avec « Dora l’exploratrice » (marque déposée, visiblement), c’est tout un poème. Un poème que je pourrai même écrire quand j’écrirai sur ce bonheur là. Figé dans l’instant, donc. Mais en mouvement. Parce que c’est pas tout. Ledit ballon n’est que la face cachée de l’iceberg. Le mot mouvement n’est pas de trop pour illustrer une séance de passage de crème solaire sur mon dos par une petite demoiselle qui se prend temporairement pour « Dora l’exploratrice » (temporairement – si, si, j’insiste. Attends d’avoir l’âge (disons 4 ans et demi) où je t’obligerai à me réciter par cœur les grands classiques que tu auras lus 20 fois chacun et Dora ne deviendra plus qu’un petit souvenir d’un instant figé). L’iceberg est une tornade.
C’est comme ça dans les instants figés de bonheur sur le sable. Faudra s’en souvenir.
