Je t'ai l'encre!


jeudi, 28 juin 2007

Instant figé

Peut-être que c’est dans le bonheur et dans la douleur que l’on n’a rien à dire. Peut-être que l’on écrit sur la douleur, sur le bonheur, mais pas dans. Pas dans la douleur. Pas dans le bonheur. C’est un peu comme être là sans rien dire. Oui. Juste sans rien dire. Figé dans l’instant. Ou par. Par l’instant. C’est différent. Et il y a un après. Et c’est peut-être dans cet après que l’on veut dire. Des choses. Et d’autres. Choses. Toutes ces choses en fait. Toutes celles qui sont là calées au fond d’un souvenir. D’un paquet de souvenirs. Douloureux ou heureux. Une peine, une douleur, une blessure. Une joie rappelée, une envie de la renouveler, se sentir bien en y repensant. Presque par procuration. Presque. C’est presque ça « sur » le bonheur, « sur » la douleur. Comme un besoin de refléter à l’extérieur de soi une rémanence qui a élu domicile au fond de soi. Une plaie ouverte, une carte postale. Un bien, un mal. Ce n’est plus l’instant comme on le vit. Non. C’est ce qu’il nous en reste. Cette part de nous qui s’est figée dans l’instant et que l’on tente de ressortir un peu du placard. Ce sont toutes les questions restées ouvertes qui nous préoccupent. Encore. Ce sont tous les détails, toutes les petites choses qui font un bonheur que l’on veut revivre. Encore. Dans l’instant, c’est différent. Ce ne sont pas les mêmes mots. Presque pas la même personne qui en parle. Qui écrit.

Peut-être que je pense à tout ça et que mes idées ne sont pas aussi claires que l’eau de mer qui me chatouille les pieds. Peut–être même qu’il s’agit juste d’un début d’insolation. Un début de sieste. Va savoir. Je m’endors sur le sable et je rentre dans mes rêves. Ca c’est sûr. Mais voilà que le très vénéré ballon « Dora l’exploratrice » me ramène à la réalité en m’emportant mes lunettes et si possible un bout de mon nez. Mais non, je résiste. Et cela fait partie des détails de ces instants de bonheur. Selon ma « théorie », à cet instant précis, j’y serai même figé, dans ces instants de bonheur. Le bonheur avec « Dora l’exploratrice » (marque déposée, visiblement), c’est tout un poème. Un poème que je pourrai même écrire quand j’écrirai sur ce bonheur là. Figé dans l’instant, donc. Mais en mouvement. Parce que c’est pas tout. Ledit ballon n’est que la face cachée de l’iceberg. Le mot mouvement n’est pas de trop pour illustrer une séance de passage de crème solaire sur mon dos par une petite demoiselle qui se prend temporairement pour « Dora l’exploratrice » (temporairement – si, si, j’insiste. Attends d’avoir l’âge (disons 4 ans et demi) où je t’obligerai à me réciter par cœur les grands classiques que tu auras lus 20 fois chacun et Dora ne deviendra plus qu’un petit souvenir d’un instant figé). L’iceberg est une tornade.
C’est comme ça dans les instants figés de bonheur sur le sable. Faudra s’en souvenir.

dimanche, 24 juin 2007

Parle vite et mange tard

C’est vachement bien de ne rien avoir à dire en fait. Peut-être que le meilleur éloge du bonheur, c’est le silence. Manger en écoutant le bruit de la mer. C’est un beau silence. Dans le silence on découvre plein de nouveaux bruits. Dans le silence on découvre plein de choses. On se redécouvre. On se parle en silence. On s’écoute. On se sent vivre. On sent vivre ses voisins aussi. On les entend. Bien. Dans le silence d’ici. Ce ne sont pas les mêmes voisins qu’en Suisse. Ils ne connaissent pas les wagons-silence. Eux. Peut-être qu’ils n’ont jamais pris le train à grande vitesse. Ils parlent à grande vitesse. Ca c’est sûr. C’est pas grave. C’est les vacances. En vacances, je le trouve, mon silence. Voisins ou pas. Le silence est relatif, finalement. Il est comme on veut qu’il soit. Avec plus ou moins de bruit. Plus ou moins de voisins. Je ferme les yeux. Je me projette. Je me vois faire mes prochains pas. J’ai déjà en tête quelques mots que j’aurai envie de dire. C’est bien la sieste. En silence. Un silence peuplé d’accents du sud ouest et de quelques odeurs de saucisses grillées. Ils parlent vite et mangent tard. Les voisins. Moi je fais la sieste. Les yeux fermés. Mi-ombre mi-soleil. Juste de quoi se réchauffer les os et l’esprit. Une petite musique me passe par la tête. Comme quand je chante, chantais, sous la douche. Ca fait longtemps que je n’ai pas chanté sous la douche dans le wagon-silence. Je crois que ça vient de la. La musique de mes petits textes. De mes chants sous la douche. J’écris avec une musique dans la tête. J’écris, je me parle en musique. Je me parle à mon rythme. En Suisse, on mange tôt généralement. On dîne à midi. Alors. Alors, la sieste. C’est bien la sieste. J’avais oublié. Prendre son temps le matin aussi. C’est bien. J’avais oublié. Quand même les voisins…. Non, rien, c’est les vacances. Je me demande si je vais rechanter sous la douche. Je me demande si je vais réécrire des textes « tarabustés ». Je me demande plein de choses pendant la sieste. En silence. Dans ce silence modulo les voisins. Ils me font sourire. Les discussions du dimanche midi. Je ne peux pas m’empêcher d’écouter. Je suis curieux. Je suis moi. Pendant la sieste. Tout le monde y passe : « Sarkozy, il est petit. Ce qui est petit est mignon ». Le gendre vouvoie sa belle-mère. Ils ont des principes les voisins qui parlent vite. « Le label rouge, ça ne veut rien dire ». « Tu n’aimes pas les courgettes ? Si ? Tu les finis alors ! ». Je lâche la conversation. Je chante sous la sieste. J’aime bien. Je devrais importer tout cela dans le wagon-silence, l’odeur des saucisses, la discussion sur le label rouge, la belle-mère et la musique. Je chante sous la sieste en attendant la douche. C’est vachement bien de ne rien avoir à dire en fait.

lundi, 18 juin 2007

Rien à dire

C’est incroyable ! Je blogue sur le sable. Les vacances. C’est un peu la fête pour cette 200ème note. Je ne les compte pas non. Les grains de sables. Les notes non plus. Mais blogger le fait pour moi. Le comptage de notes. Et mes filles aussi le font pour moi. Le comptage de grains de sable. La météo, c’est comme les voisins du dessous, là-bas. Un wagon silence. Ils ne disent pas grand-chose. Tu les écoutes une première fois. La météo pas les voisins, ils ne parlent pas. Tu te retrouves en coupe-vent sur la plage. Prêt à affronter une pluie battante. Et c’est le sauna dans ton coupe-vent. 26 degrés au compteur. Les élèves sèchent les cours pour faire du surf. Les nuages sèchent le ciel. Tout bleu. Je ne les écoute plus les gens de la météo. Ni les voisins qui ne parlent pas. C’est difficile d’écouter le silence. Ni les autres. Je m’écoute moi. En vacances. Et pas que. En vacances. Je m’écoute plus. Moi. Longtemps. Je n’écoute plus que moi. J’écoute mon cœur. Pas ma raison.
La 200ème note, ça serait une note de vie. Une note d’espoir. Écrite avec le cœur. Et la main qui ne tremble plus. Une note ni blanche ni noire. Une note multicolore. Aux couleurs de la vie. Un feu d’artifice au dessus de l’océan. Une note du temps. Pas la météo. Le temps qui passe. Et qui s’écoule doucement comme l’eau salée. A en faire rougir de gourmandise. Comme ça. Tout simplement sur un petit muret. Au bord du bassin. La vie c’est plein de petites choses comme ça. Tout simplement. Qui font rougir. La vie c’est une gourmandise. Les vacances et les spécialités du bassin aussi.
Je ne déprime pas. Non. Oh non ! Certainement pas. Je ne déprime pas. J’imprime. J’imprime mes pas les uns derrière les autres. Je suis la carte que mon cœur me dit de suivre. Je suis la carte et je serai la carte. Le long du temps qui passe. J’imprime. Les pas. La carte. Je marche. Je cours. Je plonge. Je vis. Et avec tout ça, je les laisse tourner en tête les mots. Les mots tarabustés. Les mots couverts. Les mots comme ci, les mots comme ça. Je les laisse comme ils viennent. Je m’en moque. Je plonge dans la vie. « Les gens heureux n’ont rien à dire ». Ou quelque chose comme ça. Je cite de mémoire. Mais c’est ça. Rien à dire. Ou tout à dire. Toute la vie. Toute l’envie.
La 200ème note, ça n’est pas une note de mots travaillés. Sculptés. Ce n’est pas une note aux messages masqués derrière les sous et les sur – entendus. C’est une note écrite avec le cœur et pas la tête. Une note de « rien à dire ».
Une note en « hé ! »
Sucré, salé, sablé, ensoleillé, envouté, beauté, reposé, ressourcé, aimé, chanté, dansé, vibré, frissonné, plongé, joué, volonté,…
Rien à dire.
« Rien à dire ». Vous me le copierez 200 fois.

Rien à dire.


Ne m’en voulez pas si je ne vous visite pas et ne vous laisse pas de commentaires pendant quelques temps. J’enterre la machine dans le sable, là maintenant tout de…

jeudi, 14 juin 2007

Wagon silence

(199ème note)

C’est bien les wagons silence. Je n’avais pris le TGV depuis longtemps. On peut s’écouter parler. Rêvasser. En silence. Plein de silence pour s’écouter. C’est bien. Prendre du temps pour se parler. Prendre du silence pour se parler. S’écouter. En silence. Dans le calme.
Le calme, c’est bien le calme. Ici c’est calme. Ils sont loin les moments ou je m’amusais à faire des rimes. A écrire note sur note. J’ai besoin d’écrire. J’ai besoin de me parler. Les mots tournent dans ma tête mais n’atterrissent plus quelque part. Comme si ils étaient prisonniers. A moins que ce soit moi qui soit prisonnier d’eux. Va savoir. Le stylo est lourd à porter dans ce wagon silence. Le papier aussi. Il pèse 2 tonnes.
Prisonnier en silence.
Le silence ça s’apprécie. Le calme aussi. Ils sont calmes les nouveaux voisins. Ils ne font pas de bruit. Comme si ils n’étaient pas vraiment là. On a l’impression qu’ils vivent en permanence dans un wagon silence. Ca me stresse, finalement. Je n’ose plus chanter sous la douche, du coup. Et, peut-être que c’est ça. Peut-être que c’est parce que je ne chante plus sous la douche, que je n’ai plus de musique qui me passe par la tête que les mots sortent comme ça. Dans une série banale. Inodore et sans saveur. Sans musicalité. Sans bruit. Ils vivent dans le calme les voisins. Mais pas dans l’inodore et sans saveur. Eux. Pas comme mes mots. Ils aiment l’ail. Et l’ail leur rend bien. Sous toutes ses formes. Persistantes, les formes. Un silence permanent. Une odeur permanente. D’ail. Un wagon silence qui sent l’ail. Au 2ème étage. Il y a des moments ou cette odeur d’ail me poursuit. Au point de soupçonner la caissière de la cantine d’avoir glissé une gousse d’ail entre mes 4 feuilles de salade et demie, mes 2 tranches de pain et ma bassine d’eau. Persistante, l’odeur. La caissière aussi persiste.
Le silence aussi il me poursuit. Il persiste même. Ce blog commence – ou finit – par ressembler à un wagon silence. Inodore et sans saveur. J’aimerai encore écrire. Des textes qui tournent, qui ouvrent des tas de portes. Des paroles de chanson. Des poèmes. Des nouvelles fraîches, pleines de saveurs d’été – mais peut être pas d’ail. J’aimerai que la 200ème note soit belle. J’aimerai sortir de ce wagon silence. Maintenant.