Je t'ai l'encre!


dimanche, 30 décembre 2007

Légume des jours

Il y a des jours comme ça ou tu n’as même pas la force d’être un roseau pensant. A peine un vieux poireau fané. Et encore.
Il y a des jours comme ça ou tes pensées sont le meilleur synonyme du mot carence. Des jours ou les gestes deviennent une espèce en voie de disparation. Il y a des jours comme ça ou tu te traines intérieurement et extérieurement. Des jours ou la vie et la joie veulent venir frapper à ta porte, se trompent et frappent chez ton voisin.
Il y a des jours comme ça.
Des jours avec des nuits à l’intérieur. Et des nuits d’insomnie. Des nuits noires en plein jour. Pleines de jour. Des jours ou la lumière t’insupporte comme une mauvaise odeur. Des jours ou tu reprends du sofa. A la paille. Parce que même le grinçage de dents est un terrain impraticable. Il y a des jours comme ça. Des jours ou la traversée du salon est une traversée du désert. Des jours qui te refusent la classe éco et qui ressemblent à un long très long, trop long voyage passé dans la soute à bagages.
Il y a des jours qu’il faudrait commencer par finir. Il y en a sans doute beaucoup des jours comme ça dans une vie. Il y en a des autres aussi. Mais ces jours là. Ces jours, oui, si rappelle-toi. Ces jours restent gravés, imprimés dans ta mémoire. Ces périodes de vie si riches de pauvreté intérieure ne s’oublient pas. Même dans les plus beaux moments. Même lors de jours comme aujourd’hui – et pourtant. Il y a toujours un petit quelque chose au fond de toi. Une petite peur que la vie et la joie se rappellent de la porte de tes voisins mais pas de la tienne. Une petite peur, pour ne pas dire trouille. Il y a toujours, parfois, souvent ce petit pincement au cœur au lever du jour. Il y a cette boule dans le ventre, dans la gorge, et puis dans le corps tout entier et qui te saisit et t’arrête net dans ton élan. Il y a cette peur comme pour te dire qu’aujourd’hui pourrait être un jour plein de nuits. Alors tu fermes les yeux. Tu revois ce vieux poireau fané que tu as su et serais si bien être. Ce sofa décoré en soute à bagages. Tu les revois comme si c’était hier. Des hier qui peuvent devenir des aujourd’hui. Tu n’oublies pas tous ces jours. Tu les respectes. Ils t’ont construit autant, voire plus, que les autres.
Il y a des jours comme ça. Ne l’oublie pas.

lundi, 24 décembre 2007

C'est la terre, minus!

(clique pour voir plus grand)

D’en haut, de par-dessus les nuages, on s’imagine. On se dit qu’il a bien l’air paisible ce monde. Ce monde à nous. On se dit que tout à l’air si calme. Tout est si apaisant. Si respirant. Tout est si… silence. On en oublie en bas. On en oublie le bruit. Le gris. Le sale. Le violent. On en oublierait presque tout. Tout ce qui empêche de dormir ou de vivre. Tout ce qui empêche d’oublier d’habitude. On oublie en silence. On aimerait dénoncer, hurler, crier, que ce monde et nous ne vont pas si bien. Si bien qu’on se le dit. Si bien qu’on se l’écrit. Il parait que ce monde et nous sortent ensemble. Un couple détonant, électrique, radioactif, biochimique, carbonique, magnétique, bruyant. On s’interroge sur sa durabilité, même, de ce couple. Il parait que ce monde et nous sortent ensemble. La belle affaire ! Le chiffre d’affaires, oui, c’est ça le plus important. Vu d’en haut l’important c’est le silence qui se fait respecter. Alors on ne crie pas. On ne dit pas. On respecte les paroles du silence. On respecte ce que la nature nous dicte. En silence. Ce qu’elle nous souffle dans l’oreille. Dans la conscience. La conscience d’être si petit devant tout ça. Si impuissant. Mais ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas comprendre. Qu’il ne faut pas entendre. Entendre ce silence de plus en plus rare.

D’en haut, de par-dessus les nuages, on fait silence. On n’écrit plus. On ne crie plus. On respecte. On se demande. On se demande ce qu’on pourrait bien faire pour que tout le monde puisse entendre puisse comprendre ce silence. Ce vrai, cet authentique silence.

Alors d’en haut on prend des résolutions. On se dit qu’agir ce serait aussi bien qu’écrire. Mais les pas à franchir sont parfois lourds, très lourds. Et les parcours semés d’embuches. En tout cas on se dit que cela ne sert à rien d’en écrire des tonnes. D’en écrire des mots torturés dans tous les sens. Que c’est bien aussi de faire silence. Un peu. Beaucoup. Un silence de respect. Un silence réel et virtuel. Un silence que l’on offrirait en cadeau aux terres entières, la réelle, les virtuelles. Un silence qui en dirait long.

Alors on se dit que plutôt que d'écrire, on va se taire. Terre !

2008 Année internationale de la planète Terre

Bonne fin d'année à tous.