Je t'ai l'encre!


dimanche, 6 janvier 2008

Terre Happy

Admirer l’ombre ou alors découvrir ce qu’elle dissimule.

On pourrait écrire pendant des heures. Comme ça. On pourrait écrire. Comme ça. Se dire ce qui va sans dire. Se dire ce qui va mieux en le disant. On pourrait comme ça se dire des choses. Et d’autres. D’autres choses. On pourrait pendant des heures rompre les bâtons. Faire tomber les barrières. Dévoiler les masques et enlever les voiles que l’on se dresse au gré du vent. Au gré du temps. On pourrait regarder tomber les feuilles des arbres. Tomber la pluie. Passer le temps. On pourrait rester comme ça. A se dire plein de choses mais pas beaucoup finalement. Rester comme ça. La larme à l’œil. L’arbre en ligne de mire. L’arbre à l’œil finalement. On pourrait vivre de sous-entendus. On pourrait évoquer des choses. Des souvenirs mêmes. Mais pas trop. Juste comme ça en surface. Laisser planer. Laisser flotter des tas de choses inexprimées. On pourrait comme ça s’accrocher aux branches de l’arbre sans vraiment aller au fond des choses. Laisser plier les branches et retenir ses mots. On pourrait regarder passer les souvenirs. Sans vraiment dire la brûlure qu’ils étouffent. On pourrait laisser passer tout un tas de choses, de blessures, de plaies béantes, de douleurs incessantes. Laisser passer les trains de la vie sans crier « gare ! ». Stop ! Sans vraiment se dire les choses. Continuer à polir la surface. A se faire beau, belle. A s’y faire. Ou croire qu’on s’y fait. On pourrait laisser comme ça tout un tas de choses nous envahir sans se dire envahi et puis garder l’arbre au coin de l’œil. L’arbre qui perd ses feuilles. Qui résiste au vent. Aux orages. Mais qui dit. Qui laisse craquer ses branches. Grandir ses racines et repousser les bourgeons au gré du vent. Quelque soit sa vie. Son histoire à l’arbre. On pourrait comme ça garder l’arbre en ligne de mire. Et se dire qu’on pourrait se dévoiler un peu plus en ayant l’arbre à l’œil.

Ou alors…

On pourrait gratter la terre. Inépuisablement. Jusqu’à ce que nos ongles prennent racine. Gratter la terre pour essayer de comprendre. Essayer d’entendre tout ce qu’il a fallu taire. Gratter la terre pour savoir. Savoir ce qui se cache derrière. Derrière ces images souvenirs. Ces histoires sans parole. Gratter la terre pour puiser. Puiser au fond des blessures ouvertes à jamais. Puiser au fond des « jamais », « j’aimais ». Puiser dans la terre. Dans nos racines. Nos histoires. Nos je. Nos nous. Nos autres même. Va savoir.
Va savoir. Va gratter la terre. Jusqu’à plus soif. Sous le soleil. Sous la pluie. Sous l’orage. Sous la neige et le vent. Gratter. Comprendre. Essayer de. D’eux. Qui sont-ils ? Et qui suis-je ? Finalement. Y a-t-il un finalement, d’ailleurs ? Un bouquet final. Une lumière au bout du tunnel que l’on gratte jour après jour.
Alors on pourrait gratter sans fin mais avec soif de vie. Avec envie de savoir. De connaître. De se rappeler. De retracer les lignes. Les lignes de vie. Les fils rouges. Rouge sang. Forcément. Remonter aux sources de toutes ces blessures que l’on transporte. Qui font partie de nous. On pourrait confondre source et racine. Douleur et transformation. Rire et larme. On pourrait tout confondre en planant à la surface des choses. Alors on gratte. On cherche. Et on vit en même temps. Ce que l’on voit, ce que l’on entend, ce que l’on se dit à la surface est souvent différent de ce qui se cache derrière. Derrière nos ombres. Derrière nous. Nos histoires. Nos peines. Nos joies. Nos jours et nos nuits.
On pourrait écrire pendant des heures comme ça. Rester à la surface ou bien gratter. Admirer l’ombre ou alors découvrir ce qu’elle dissimule.
On pourrait écrire pendant des heures sur tout ça, des jours, des mois, des années même. On pourrait écrire pendant des heures, des heurts avec soi-même. Avec la vie. Avec sa propre histoire. On pourrait.
On pourrait être heureux comme ça.

15 réactions:

sonia a dit…

Oui on pourrait être heureux comme ça... choisit-on de gratter derrière l'image, derrière le "je", le "moi". Est-ce un jeu d'ailleurs ou une implacable nécessité?
Oui on pourrait être heureux comme ça, "essayer ne serait-ce que pour donner l'exemple"... Mais parfois on ne peut être heureux on ne sait pas, plus, alors on "gratte" pour essayer, pour retrouver, pour comprendre, encore et encore...
Ton avant dernier texte m'a donné envie d'un écho, sur lequel je dessinerai sans doute quelques mots...
J'en profite pour te souhaiter plein de jolies choses pour l'année à venir...

Cergie a dit…

En vrac :

Pas mal choisie ton image pour illustrer ton texte en deux parties
Et donc ta photo montre le même objet qui se présente et s’interprète s’appréhende de 2 façons différentes.

Le superficiel et le profond. Deux hypothèses deux suggestions, deux suppositions, deux possibilités, deux choix
Parce qu’il n’y a pas d’obligation d’aller jusqu’au fond, il est possible d’arrêter comme on veut qd on veut
Et puis cela s’applique aussi bien à la connaissance de l’autre avec ses failles ses secrets ses fêlures et son passé et son présent qu’à la propre connaissance de soi, sans occulter quoique ce soit de son passé de ses fêlures de son présent
Mais à mon avis il faut les deux, le superficiel et le profond. Parce que c’est comme une image, on a besoin de voir l’ensemble de survoler et après d’approfondir les choses. Un peu comme lorsqu’on établi un plan de maison, d’abord le plan de situation pour ensuite finir par les plans de détails des menuiseries par exemple
Ceci dit on n’est pas toujours prêt ce n’est pas forcément le bon moment, rien n’est acquis rien n’est obligatoire, tout évolue
Et puis l’on peut s’aveugler, vouloir s’aveugler ou bien être tout simplement complètement miro sans en être responsable
En tout cas, on ne sait jamais on n’est jamais sûr de rien et que l’on soit superficiel à l’instant T n’augure pas que l’on le reste pour toute éternité

Et ne pas comprendre ne pas savoir au fond, à fond cela n'empêche pas forcément d'être heureux avec soi ou ensemble

Ehiie a dit…

Où trouve-t-on le courage de se (re)mettre à gratter la terre?
(comme toujours fan de ta plume,gregory....)

oursinette a dit…

eh bien oui, c peau cible...

Lunaba a dit…

*douce année* à toi tisseur de maux :)

delphinium a dit…

Bonsoir. Je suis venue plusieurs fois lire ce texte et je n'arrivais pas à commenter et aujourd'hui encore, je n'arrive pas à dire ce qu'il me fait ressentir là, tout au fond de moi. Peut-être parce que j'ai trop gratté ces dernières semaines, voire ces derniers mois, même ces dernières années. J'ai essayé de comprendre comment les choses en sont arrivées à ce qu'elles sont, j'ai compris une partie et puis il y a toujours cette autre partie obscure, dans laquelle je n'aime pas m'aventurer parce que cela me renvoie des ombres, des nuages sombres, de la noirceur, des turpitudes. Je n'ai jamais aimé la superficialité et parfois pourtant j'aimerais pouvoir en prendre le chemin, pour moins avoir à supporter ces poids, pour vivre plus légèrement, pour m'élever. Je pourrai peut-être être heureuse comme cela, je pourrai encore écrire des tas de commentaires mais je n'y arrive pas. Le vide parfois emplit les entrailles et c'est comme si tout était plein...Admirer l'ombre juste pour l'ombre et ne plus chercher à savoir ce qu'il y a derrière parce que parfois c'est trop difficile de découvrir les choses.
C'est un texte étrange que vous venez d'écrire. Il y a un certain rythme, comme quelque chose qu'il faut dire pour que ça sorte avant que tout retourne dans les entrailles. Il me laisse une drôle d'impression...

Aslé a dit…

On pourrait vivre et ce serait bien

..Voilà, il n'est pas trop tard pour te souhaiter mes voeux...

Gregory, juste te souhaiter ce que tu veux

Abalem a dit…

Ton texte est comme une pelote de laine qui se déroule dans l'une ou l'autre direction autour de l'aiguille, tombée à terre. Je n'étais pas venu depuis longtemps, mais je retrouve toujours la pleine odeur du vent !

oursinette a dit…

toujours donner plus....
parce qu'il le faut bien!

Gregory Sey a dit…

Merci à tous pour vos commentaires et vos réactions. J'aimerai pouvoir répondre à chacun d'entre vous mais...
Ces commentaires m'aident à progresser. A m'interroger sur ce que j'ai bien voulu dire ne écrivant cela.
Merci.

Nathalie a dit…

C'est vrai qu'il ya tout et son contraire ici, laisser flotter ou gratter,

On peut choisir de faire le lys dans la vallée, la pomme pourrie dans l'herbe de l'automne, le poireau fané, le roseau pensant, le chêne solitaire ou la graminée qui s'envole, la racine et le bourgeon, et la réalité c'est qu'on est un peu de tout ça, et qu'il faut de tout pour faire une vie. Où étais-tu, toi, dans ta vie, pour écrire ce texte hybride?

Un texte qui en effet se déroule comme une pelote, c'est ta façon d'écrire, que j'aime beaucoup.

sonia a dit…

Comment ça "mais...", dis donc l'important 'est-il pas l'interaction, les liens entre les liens...? Pas de mais! un peu de sueur et de sang d'encre!

Maya a dit…

Ecrire sur la vie, écrire les mots, vivre la vie, vivre les mots, vivre l'écrire. Envie de vivre. Merci.

Gregory Sey a dit…

Sonia > je suis d'accord mais je crois que ma sueur est usée par ailleurs...

Anonyme a dit…

Parce que sans vous connaître j'ai trouvé ce texte magnifique, je n'ai pas voulu partir sans vous le dire. Merci!

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