Je t'ai l'encre!


dimanche, 3 février 2008

Déclaration de la peau

Les tours Petronas (clique sur la photo pour agrandir)

J’ai couru sous les pluies torrentielles de janvier. Sous la chaleur et sous l’eau. Sous la pluie chaude comme jamais. J’ai couru à en perdre la liste des courses à faire. Je voulais faire la course contre le temps. Pour qu’il passe plus vite. Pour que je puisse effleurer ta peau plus tôt. Plus tôt que prévu. Plutôt que cette pluie torride que ma peau aimait mais refusait en même temps. Tant il était temps. Temps de te retrouver. Toi et ta peau. Sucrée comme un sirop de canne à sucre englouti sous l’orage. A moins que ce soit la pluie venue se mêler au sirop. La pluie sucrée comme ta peau. J’ai fini par croire ou rêver que cette pluie torride ressemblait à ta peau. J’ai fini par me sentir bien avec cette pluie « ta peau ». J’ai fini par en oublier la fièvre et ne plus avoir froid mais chaud. Mon corps a fini par se réchauffer. Il faisait 35 degrés et moi j’avais eu froid tout le temps. Tout le temps passé à me sentir loin de toi. Et puis sous la pluie torride, ma peau a brisé cette glace, cette distance et cette absence de rêve. Je t’ai sentie près de moi. Plus la pluie me lavait de cette distance difficile plus je plongeais dans le souvenir de ta peau, de tes perles de vie, de ton sel, de ta fleur et de tout ce qui m’effleure quand nous sommes l’un à l’autre. Plus je plongeais dans ce rêve et plus je courrais sous la pluie. Je courrais dans les rues de Kuala Lumpur, je courrais dans les wagons du monorail, je courrais. Et plus j’avançais plus nos odeurs et nos images étaient présentes en moi. Plus je courrais, plus j’avançais vers toi si loin et plus la pluie me réchauffait. Plus la pluie se transformait d’acide en sucre. Plus la chaleur qui remontait de la terre me donnait de la force pour courir, encore plus loin encore plus haut, encore plus vite.
Et puis… Et puis le temps, la fièvre et la pluie m’ont joué des tours. Je courrais, je rêvais vers toi sous des tours vertigineuses. Le vertige s’est invité dans mon rêve, dans ma course. Le sommet des tours me paraissait être des planètes plus lointaines que la lune. Peut être avais-je perdu la notion de distance. Je me sentais loin et proche de toi en même temps. Et le temps me paraissait long et court à la fois.
La chaleur de ta peau me manquait comme un antidote. J’étais malade. J’étais fiévreux. J’étais malade de distance. J’avais le vertige. Le vertige de toi. De ta peau.
J’avais chaud, j’avais froid, j’avais toi dans la peau. Comme toujours. Pour toujours.
J’ai repris un sirop à la canne à sucre glacé. Je me suis allongé sur l’herbe brûlante sous les tours et j’ai laissé passer le temps et les rêves jusqu’au retour.

10 réactions:

g. a dit…

Alors ca y est, tu publies sous ton vrai nom ?
Ce texte est beau, quoiqu'un peu trop personnel a mon gout.
A chaque fois que je lis des sentiments, qu'ils soient inventes ou non m'importe peu puisque j'y accorde toujours un certain degre d'intimite.
J'espere que tu vas bien ?
g.

delphinium a dit…

Bonsoir...
On écrit toujours des choses qui viennent d'au plus profond de nous, même quand on veut que les écrits soient impersonnels, ils dévoilent toujours une partie de nous. On ne joue jamais en écrivant, et vous non plus, vous ne jouez pas. A des centaines de kilomètres de l'être aimé, on peut se sentir perdu, enfiévré, déboussolé. Le retour n'en est que plus poignant, plus passionné.

Mais même quand on est près de l'être aimé, on peut se sentir perdu, enfiévré, déboussolé. Par l'amour, par une passion débordante que l'on ne peut réfréner.
Ce texte est un cri, un cri d'amour comme vous savez si bien le faire. A l'ombre des tours, vous imaginez tout ce que ces tours vous cachent encore.
L'imagination... moi aussi j'ai de grandes tours devant les yeux, des tours d'incompréhension, et elles ne tombent pas, malgré tout ce que j'essaie de faire pour les faire basculer. Comment fait-on pour faire tomber toutes ces tours intérieures? J'ai perdu le mode d'emploi...

Comme votre texte, finalement mon commentaire est personnel. Mais dans les commentaires non plus, on n'arrive pas à se cacher... Même si on se cache derrière des tours.
Bonne soirée et à bientôt

DdM a dit…

La flamme de l'amour attisée par la pluie... Ce texte est très beau et touchant. Je vous envie un peu votre pluie et votre passion !

Ehiie a dit…

Soupir ...

Tippie a dit…

J'aurais aimé avoir su l'écrire.
Merci Gregory.

Emouvant. Passionné. Fort. Superbe.

J'ai la gorge serrée.

Nathalie a dit…

Imparfait présent est sorti de l'anonymat. C'est l'imparfait qui ne convenait plus, ou le présent?

Pour nous en tout cas reste le plaisir de ton écriture, pluie chaude et larmes, peau chaude, distance, amour.

Cergie a dit…

Impossible de ne pas rapprocher ce texte de celui écrit sur l'Arizona
Deux éloignements différents et ressemblants à la fois :
*Datés : ici janvier, l'autre novembre
*Environnement très important : l'autre : collé par des personnes du congrés auquel tu as pris la parole
Là seul, mais collé par la pluie, les tours
Ds les deux cas, oppressé
*Mais le plus important : auparavant tu étais père et époux loin de ta famille, ici tu es amant
La perception de ce que l'on est change selon les instants de la vie n'est ce pas ?
*Chaque fois dans une bulle cependt.
Peut-être es tu près à mettre en route un troisième enfant ? c'est celà le summum de la fusion, lorsque l'on a envie que l'union à deux se concrétise par l'autre

Contente de te lire de nouveau, Gregory...

fara a dit…

scotchée.

Lunaba a dit…

*sublime*
*sourire*

Gregory Sey a dit…

g. > Mais non! un autre nom. Juste un autre nom. Je crois que quoi que l'écrive, il y a toujours un peu de soi dedans...
Je vais super bien, merci!

delphinium > Je crois que chacun a son propre mode d'emploi pour faire tomber ses tours intérieurs. Ce mode d'emploi que vous cherchez vous appartient. Il est au fond de vous, comme le sont vos tours. Il suffit de se donner du temps, pour le retrouver, pas à pas. Avec de la confiance en soi et l'envie de regarder le bon côté des choses, de toutes les choses. Comme le côté beurré de la tartine.

ddm > Merci

ehiie > pour le meilleur et pour le soupir

tippie > Merci!

nathalie > Non, je suis toujours dans l'anonymat. Je crois que c'est le côté impersonnel d'imparfait présent qui ne convenait plus. Je ne savais pas répondre aux questions "quel est ton prénom?"

Cergie > Oui la perception de ce que l'on est change selon les instants de la vie. Tu as raison. Pour la partie italique du commentaire : tu sais très bien que je ne raconte pas ma vie...

Fara > Ca fait mal aux poils le scotch!

Lunaba > :)

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