Je t'ai l'encre!


jeudi, 9 octobre 2008

La crise... ombilicale

Oh ! Il faudrait que je me remette à écrire. Parce que c’est comme ça : tu avances, tu te lèves le matin, tu enchaînes. Tu t’enchaînes à tout ça. Ces vrais problèmes. Ces faux soucis. Ces trucs qui ne t’appartiennent pas vraiment. Ces étiquettes qu’on te colle. Tu te lèves le matin englué à tout ce qui n’a pas fait partie de tes rêves - Loin de là. Tu te réveilles le matin, tu sais exactement où tu vas aller. Tu sais exactement ce que tu vas dire. Leur dire. C’est toujours la même chose au fond.  Les mêmes étiquettes qui ne se décollent pas. C’est toujours la même chose au fond des gens. Toujours les moi, les moi je, les mon nom quelque part sur la page, moi-même, rien que moi. Ma tête en gros plan… C’est toujours autour de ça que ça tourne finalement. Tu te lèves le matin et tu sais que tu passeras ta journée à entendre des « moi je ». Tu aimerais autre chose. Peut-être savoir jouer de la guitare, t’asseoir quelque part et chanter. Juste vivre et rêver. Bannir les « moi je ».
C’est comme ça tu avances et tu oublies d’écrire. Tu es envahi de « moi je ». Tu les écoutes. Tu y mets de la force. Tu y mets du tien. Du « moi je » aussi finalement. Pourquoi pas. Autant faire pareil. Presque inconsciemment. Et ben moi je. Moi je veux rêver en groupe. Je veux construire avec les autres. A plusieurs. Et bien moi je n’aime pas me regarder le nombril. Je ne le trouve pas beau. Je ne me trouve pas dans ce monde de « moi je ». J’erre. J’écoute mais j’aimerais savoir chanter. J’aimerais qu’on change d’air. Toujours la même rengaine « moi je ». Toujours le même air froid. J’aimerais du chaud. Du simple. Du regard dans les yeux. J’aimerais me remettre à écrire pour dire tout ça mieux que maintenant.
Chacun y va du sien. « Moi je ». Chacun y va de sa petite crise. De son « craque ». Je craque. De son micro-problème. Mais on n’avance pas tout seul. Faudrait mieux savoir dire nous. Faudrait mieux. Faudrait du mieux quelque part. Ce n’est pas que c’est mal. Que tout est mal. Non. Ce n’est pas ça. C’est sans doute qu’il y a trop de nombrils qui se regardent en même temps. Ils commencent même avant que je me réveille le matin. Il y en a partout. Je dois en faire une sorte d’indigestion. Le nombril est au centre mais pas au centre du monde pourtant.
Il faudrait que je me remette à écrire. A écrire sur les vibrations de la musique qui trotte dans ma tête. Au rythme des nous. Au rythme des nous qui dansent et bougent ensemble dans la même direction. Vers du simple. Et tout ces « moi je » qui nous cassent les nous. Tous ces « moi je » qui me mettent sur les rotules. Ca me fatigue toutes ces crises individuelles. Tous ces cracks privés. Alors je me réveille le matin déjà fatigué de les entendre. Ils me chantent leur chanson à eux: « et moi je », « et moi si », « et moi ça ». Ca va mal ce monde. C’est la crise. La crise des « moi je » qui se parlent tous en même temps, ne s’écoutent plus vraiment et ne pensent qu’à leurs nombrils. A leurs intérêts particuliers. Des millions de nombrils. C’est la nouvelle monnaie. C’est monnaie courante. Moi, mon nombril et moi. Des millions de nombrils au centre de millions de micro-mondes.  Je perds crédit. Je perds confiance en nous avec tout ça. On a beau vouloir rabaisser les taux, il est trop tard. C’est les « nous » qu’il faut relever. Comme un drapeau. Un drapeau construit ensemble. Un premier tissage. Un métissage. Quelque chose de construit ensemble. Il faut construire ensemble. Nous avons besoin les uns des autres pour construire ensemble. Exactement.