Je t'ai l'encre!


dimanche, 23 novembre 2008

Etat de siège


On s’assoit pour être soi-même.  Un peu le même que debout. Même si on n’arrive plus à les joindre.  Même s’il est des absences insupportables. Des sales attentes.  A tant y croire, on anime l’entourage. On anime notre rage. On réanime des souvenirs. On esquisse des sourires. On se met à y croire. Salle de réanimation. J’ai serré tellement fort. J’essaierai tellement fort. J’ai fait un bleu au bras du fauteuil.  Objets inanimés avez-vous donc une arme ? Pour me rendre envie. Envie d’attendre. Envie de tendre la main à tous ces silences. Ces silences assis. Ah si seulement…
Je me suis assis seul. On s’assoit pour être. Je me suis assis. On est soi peut-être. On peut être chez soi. On peut être chaise soi. N’importe quelle chaise qui soit. Elle fera l’affaire. Elle fera me faire le tour. Le tour de mes attentes. Des mes attentes ténébreuses. On attend toute sa vie. On attend des sans vie. On s’enracine dans une salle sans lumière. On sent racine. On donne son âme aux meubles immobiles. Au dos des chaises qu’on caresse.  A l’immatériel qu’on finit par tutoyer. Personnifier. Personne ne se fie aux effets secondaires. Ces effets au bord de l’assise. Comme pour rester dans une situation inconfortable. Ces absences qu’on prend au pied de la chaise. Au fond. Ces absences qui nous habitent. Ces objets d’attente qui nous animent. Ou nous immobilisent. On s’impatiente assis. On s’impatiente ainsi. On en ferait presque un cinéma. Un cinéma d’art et des chaises. Un cinéma de toute une vie. Une vie d’attentes. Une vie d’absences. Une vie assis à attendre on ne sait trop quoi. Mais comment ?
Comment peut-on s’appuyer sur un dos sans vie ? Mais comment peut on rester sans envie de confondre l’immatériel et le sanglant. On y va. Sans gant. On défonce les portes ouvertes. On sert les bras de bois. Transperce les dos de métal. On écrase les pieds par à-coups. On saigne le tissu des accoudoirs pour ne plus qu’ils nous collent à la peau. On brise le silence de ces longues attentes assises. De ces chaises longues d’attendre aussi. On est dans un sale état. Un état de siège. Entouré de vide. Cerné. Fatigué d’attendre. Alors on s’allonge. C’est si long. C’est sans fin.
On passe des vies entières sur des objets sans chair. On passe des vies entières à attendre. On passe nos vies à braver les absences de ceux qui nous sont chers. Nos chers disparus.
On passe nos vies en état de siège.


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Phédia Mazuc - exposition à son atelier du 5 au 7 décembre 2008 - plus d'info: http://phe-no.blogspot.com

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samedi, 22 novembre 2008

Tête de maigre

J’ai une tête de maigre. Un cœur gros comme ça. J’ai une tête de maigre. Un cœur qui bat. vite. Au rythme des vies. Au rythme des autres. Je suis une tête de maigre. Un pas grand-chose à ajouter. Un parmi les autres. Mais un qui vous sent. Un qui vibre en entendant vos pas. Vos souffles. Vos cris. Vos riens. Je ne suis pas grand chose. La tête de maigre qui passe. La voix du nord qui sent le froid qui passe en vous. Le vent du sûr qui croit en tout. La tête de maigre. Le cœur gros comme ça. Le ventre plein de vie. Plein d’envies. La tête de maigre. Le quelconque. Le quidam que ni homme ni dame ne remarquera. Le passager inaperçu. La tête de maigre. Celui qui ferait mieux de se taire. Celui qui l’ouvre et qui s’en prend plein la tête. La tête de maigre. Et les tempes pleines de sang qui bat au rythme d’une danse de vie. D’une vie dense. Bien remplie. Pas maigre, la vie. Une tête de maigre qui avance au pas cadencé d’une vie qui se mord à pleines dents. Au pas qu’il faut suivre si on m’aime. Je suis une tête de maigre et j’en ai gros sur le cœur. Obèse de ne pas pouvoir toujours tendre ma main comme il faut. Dans le sens qui va. Il y a des sens qui m’échappent. Il y a des sens uniques. Et moi j’avance au rythme des autoroutes du monde entier. Et moi j’avance avec les autres en tête. En tête de maigre.

Je suis votre tête de maigre si vous le voulez. Celui a qui on jette des tomates en public. Celui que l’on aime et que l’on déteste en même temps. Celui qui sent le temps qu’il fait à l’intérieur de vous. Celui qui voit au dessus du parapluie que vous ne voulez pas replier. Je suis votre tête de maigre. Le truc qui énerve mais dont on ne se passe pas. Celui que l’on comprend mais que l’on n’entend pas.
J’ai une tête de maigre et un corps gros. Un cœur vaillant. Les cheveux qui poussent sur celle des autres. Je sème chez vous ce que j’aime et qui vous va. Mes cheveux sur votre tête. Le regard aigre. La tête de maigre. La tête de maigre on ne l’emmène pas sur des terrains du l’un contre l’autre. Je ne veux pas m’aigrir. Je veux construire. Qu’on me donne tord si on le souhaite. J’ai la raison pleine de projets qui se construisent ensemble. Je suis une tête de maigre qui a besoin des uns et des autres pour construire ensemble. Je suis une tête de maigre qui ne sait pas exister seule.

Je me suis fait une tête de maigre pour pouvoir prendre toute cette épaisseur là.