Je t'ai l'encre!


dimanche, 28 décembre 2008

Neuf

jeudi, 18 décembre 2008

Frozen Warnings

Caroline ne dit plus beaucoup de choses mais n’en pense pas moins. Elle panse beaucoup. Beaucoup de choses. Des blessures. Des déchirures. Caroline. Une musique dans la tête. La tête dans la musique. Pense. Caroline c’est un peu comme un divan. Comme une terre.

Une terre des jours sans. Des jours avec. Des jours de pluie. Des jours depuis. Des jours de joie. Des jours de joues tendues. Attendue. Caroline. Comme une terre virtuelle. Communauté de bien. Commune ôtée de mal. Caroline.

Une terre. Où on parle beaucoup. Beaucoup de choses à se dire. A s’entendre. A s’écrire. Même si parfois ça s’arrête. L’espace d’un instant. Un espace plus ou moins grand. Un espace virtuel. Même si parfois Caroline ne s’appelle pas toujours Caroline. Caroline, Sarah, imparfait, présent, futur. Une terre de tous les temps, de tous les noms. Une terre de conquête.

Caroline ne sait plus ce qu'elle dit. Caroline ne sait tellement plus ce qu'elle dit qu'elle ne dit plus. Caroline ne dit plus rien. Elle erre entre les rayons froids d'un supermarché avec son caddie vide et ne dit plus rien. Elle regarde. Les gens, les rayons. Elle ne dit plus rien. Elle dirait bien. A ces gens, à lui peut être, non pas à elle, à lui oh oui à lui elle aimerait bien dire.
Mais Caroline ne sait plus ce qu'elle dit alors elle ne dit plus rien. On pourrait penser qu'elle dit avec les yeux en poussant son caddie vide entre les rayons froids du supermarché. Mais non. Caroline ne dit plus rien.
De toute manière elle ne savait plus ce qu'elle disait c'est ce que lui disait son image, son image à elle dans la glace parce que si Caroline ne dit plus rien, son image, son image à elle dans la glace n'arrête pas de dire mais elle ne sait pas ce qu'elle dit. Caroline se dit que parfois, rien, c'est déjà dire quelque chose.

Alors elle pousse son caddie vide dans les allées froides du supermarché. La roue avant droite du chariot fait couik couik, elle est un peu tordue. Cela fait une petite musique. Caroline ne dit plus rien mais elle chante dans sa tête sur le couik couik de la roue du caddie.

Caroline ne sait plus ce qu'elle dit alors elle ne dit plus rien. Elle chante parfois dans les allées froides du supermarché en poussant son caddie vide.Elle chante avec son caddie qui fait couik couik. Un supermarché. Rempli de Caroline. Des rayons chauds, des rayons froids. Un super marché sans température. Un marché de tant-pis. De ratures. D’écrits. De je crie. De je suis. De je me montre.

Absolument. Caroline ne dit plus. Il y a tant à consommer que son caddie se vide au fur à mesure qu’elle avance. Caroline. Comme un long chemin. Un hypermarché. Grand comme une terre. Entière. Un globe. Une étoile. Une toile de liens tissés au fur et à mesure des clique-clique. Caroline, elle chante, elle déchante, elle monte. En gamme. Elle démonte. Les roues du caddie. Plus de couik. Plus de clique. Puis elle remonte en route.

En route pour quoi ? Caroline. Pour vider son caddie comme on vide son sac. Pour faire ses courses comme on prend son temps. Une course à l’envers. Un temps à prendre. Un temps de démarrage. Pas d’arrêt.

Caroline ne dit plus mais ne s’arrête pas. Une course à l’envers. A l’envers des aiguilles de « je me montre ». Caroline ne se montre pas. Elle avance. Elle marche. Super marcher. Elle tisse des liens. Elle est heureuse comme ça Caroline. Elle ne dit plus rien. Et c’est déjà beaucoup. C'est beaucoup mais beaucoup trop d'un seul coup dans sa tête.

Ca tourne ça tourne comme tournait la roue du caddie en faisant couik couik.La roue qu'elle fait tourner dans sa main là maintenant.Assise au milieu du rayon surgelés, à coté du bac des légumes. Elle est assise par terre et les gens autour n'ose même pas la regarder. Caroline n'est pas prêt de dire quelque chose elle le sent bien là tout de suite avec sa roulette à la main, à coté du bac des légumes surgelés.

Elle pense que c'est triste un légume surgelé alors elle fait tourner la roulette encore plus vite dans sa main comme pour conjurer le mauvais sort parce que là subitement elle prend peur. Elle ne veut pas devenir un légume surgelé. Alors elle sert ses genoux contre elle, de sa main qui ne tient pas la roulette, la roulette qui tourne dans son autre main, la roulette qui fait encore des couik couik mais moins fort comme si elle avait peur elle aussi. Caroline pleure un peu.

Elle se dit tout doucement que si elle était dans à légumes surgelés ses larmes gèleraient sur ses joues et le monde est tellement moche maintenant que de vilains marchands en feraient des glaces pour les enfants. Le monde est tellement moche maintenant. Moche comme ces gens qui la regarde, de manière insistante.

Caroline ne disait déjà plus grand chose. Caroline sait qu'elle ne dira plus rien du tout. Assise par terre dans l'allée des surgelés. Elle sait, elle ne doit pas devenir un légume surgelé. Alors elle chante un peu puisqu'elle ne dit plus rien.

Chanter c'est dire sans le faire elle le sait. Avec la roulette de son caddie cassé tournant toujours dans sa main, l'autre, pas celle serrant ses genoux contre elle, tournant toujours dans sa main en rythme, et si les gens autour se taisaient ils pourraient entendre, entre les lèvres remuant à peine de Caroline, ils pourraient entendre une petite mélodie disant il fait si froid en Alaska, il fait si froid en Alaska, il fait si froid en Alaska...

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Auteurs: Kill me Sarah & Gregory Sey

samedi, 6 décembre 2008

Bain de sans


C’est un peu comme plonger dans un bain. C’est un peu, oui c’est peu. Pas grand-chose.  Je ne me sens pas grand. Je ne ressors pas grand de ce bain. Et bien oui. Mais non. Non, on ne voudrait pas que ça se passe. Que ça se casse. On ne voudrait pas que ça manque. On ne voudrait pas avoir à se souvenir. On voudrait juste avoir à vivre. Vivre l’instant présent. On en voudrait tellement des choses. Un peu comme des enfants. On trépigne. On sautille. Et puis un jour on saute dans le grand bain. Ou on nous y pousse. Où "on" c’est, paraît-il, "le destin". Le destin moi je croyais, moi je croyais que ça se dessine le destin. De ses propres mains. De caresses, de toucher. Les autres. De modeler une vie. A son rythme. Le destin, non, c’est comme une musique qu’on joue sans en maîtriser l’instrument. On s’accroche à de l’immatériel et il nous manque de l’humain. Un jour ou un autre, on finit sans quelqu’un. Avec soi. En face dans la glace. Dans le bain. Gelé. Froid. Glacé. Dans cette pluie d’instants figés qui réapparaissent un peu comme et quand ils veulent.  Et c’est parti. Reparti. Pour une séance de souvenirs de ceux avec qui on est sans. De ceux dont le destin ne se dessine plus mais s’égare discrètement du haut de la pile.

C’est un peu comme plonger dans un grand bain de sans. Le sans ne s’enlève pas. Ne s’efface pas. Le sans ne se nettoie pas.  Il se conserve à l’intérieur de soi, le sans. Au hasard d’une seconde qui passe, on replonge. On plonge dans son grand bain de sans. On s’isole au milieu de tout le monde. On ne fait que se souvenir. Les sans remontent à la surface.  On y va, on plonge en plein dedans. On rouvre les blessures. On découd les plaies, machinalement. Machinalement on se laisse submerger par un océan de souvenirs. On se laisse dériver dans un bain de sans.  On se laisse. On s’abandonne à sa mémoire. A des lueurs de soirs d’enfance joyeux que l’on revit en noir et blanc, en accéléré, en douloureux cette fois.

Cette fois c’est un grand bain de sans. Un journal intime. Un album de photos-souvenirs. Le poids des maux. On plonge dedans d’un coup comme ça. Comme un électrochoc. On a parfois mal à ses souvenirs. On a parfois mal dans son bain de sans. On a parfois du mal à s’en sortir de ce bain. On a parfois du mal à s’en sortir tout court. On a parfois du mal à vivre sans. Sans être en permanence dans son bain de sans. Comme dans un état second. Comme une vie à deux vitesses. La vie des jours sans et des jours avec. La vie des souvenirs. La vie de plongeons dans les bains de sans. La vie sans eux.  On s’y noierait. C’est si noir. C’est si noir parfois dans nos souvenirs. C’est si noir dans ce bain de sans. C’est à peine si j’y vois quelque chose. C’est ta peine que je vois au loin.