Je t'ai l'encre!


mardi, 3 février 2009

Scène de cris

"Les deux choses les plus importantes n'apparaissent pas au bilan de l'entreprise : sa réputation et ses hommes." [Henry Ford]

Je fais un peu mon mai 68 à moi. Ma crise des 40 à un autre âge. C’est la crise de toute façon. La mienne. La tienne. La notre. Mon mai 68 à moi. Non mais. Je me révolte. Un peu. Je vais à l’encontre.  A l’opposé du conformisme. Mais droit vers la joie de vivre. La non prise de tête. L’habit qui ne fait pas le moine.  Je refuse les premières impressions et les préjugés. Je dénie les standards, les codes, les règles et le protocole. Je suis comme je suis. Ma valeur est en moi et pas sur moi. C’est la crise, je vous préviens.  Je suis en crise. Je crie. J’écrie. Je hurle à travers les mots. Je hurle à travers moi, la nuit. Je crie dans les couloirs. Je me bats contre l’intangible. Les comptes. L’heure des comptes. Tangible - intangible. Tic –tac, comme le temps. Et il nous est compté le temps. Matériel. Immatériel. La crise. L’économie. L’oubli. L’oubli des hommes. Et le concret c’est pour quand ? Et le concret c’est pourtant ce à quoi nous pourrions tous nous raccrocher. On raccroche, les téléphones. C’est urgent. Oubliez les hommes. Oubliez vos conversations. Rien ne sert de parler. Il faut analyser à point. Moi je parle. Je suis en crise. C’est mon année sixty-eight. La crise. L’anticonformiste. La valeur intrinsèque. Celle des hommes. De leurs yeux. De leur regard qui en dit long. Je crie contre cet oubli. La valeur des hommes. Valeur ajoutée. Chaîne de valeur. Chaîne humaine, oui! On est rien sans les autres. On est rien.  Pas un mot. Que des chiffres. Pas un mot sur les hommes qui font que les chiffres sont ce qu’ils sont. Pas un égard. Pas un regard. On analyse la situation. On ne touche pas au tangible. On ne sert pas les mains. On ne croise pas les regards. On audite, on diagnostique, on contrôle, on étudie. On navigue en eau trouble. Des intentions cachées qui se sentent de loin. Des préjugés. On étudie la situation. Maîtrise d’étude de la situation, c’est un diplôme ça ? Les plus belles études sont celles de l’être. C’est à travers l’être, le moi, le toi que la situation se lit. C’est une affaire d’hommes avant tout. Et ce ne sont pas les hommes d'affaires qui font tout. Ah! ce n’est pas facile un homme. Il bouge. Il parle. Il a des idées différentes. Mais justement ! Faisons tomber les masques ! Prenons toutes les bonnes idées d’où qu’elles viennent si elles sont bonnes. Quels que soient nos habits, nos visages, nos cultures, nos histoires. Nous sommes tous riches de nos propres expériences de vie. Oublions tous les préjugés. Laissons tomber les schémas préétablis. Les maisons préfabriquées. Construisons la nôtre de maison. Avec des volets à ma couleur, un toit dans ta matière et des murs à sa façon. C’est un peu triste mais j’ai peur. J’ai peur que l’on ait oublié tout cela. Que plus cela va plus les hommes vont s’enfermer sur eux-mêmes. Ne pas avoir envie d’apprendre des autres, d’échanger, de construire ensemble. D’innover en construisant sur les idées des uns et des autres. J’ai peur et je suis en crise. Ma crise « égonomique ». Mon sixty-eight. Demain j’irai au comité de direction en jeans et en basket. Parce que ça c’est moi. Le reste, c’est un masque. Et en attendant, je crie en crise.

8 réactions:

Nathalie a dit…

Alors, tu y es allé en jeans et baskets au comité de direction hier?
Yeah, vas-y, on est avec toi bien sûr.

Je reste persuadée que tous ces hommes qui font tenir l'édifice souffrent plus qu'ils n'acceptent de se l'avouer à eux-mêmes du rôle auquel ils se croient obligés de se conformer. Chacun tient l'autre. Je te tiens par la barbichette. A la première faiblesse je passe devant et je te marche sur la tête pour monter. Mais il y a trop de douleur. Et si finalement il suffisait de laisser tomber le masque, un peu, pour découvrir que l'autre en a aussi envie que toi. Alors crie. J'espère que tu seras entendu. Tu sais en tout cas que nous sommes quelques-uns qui veulent bien construire avec toi la maison de toute les couleurs. En fait je crois qu'elle est bleue, qu'on y vient à pied et qu'on a perdu la clé :-)

Bises

Peccadilles a dit…

Hihi, moi aussi je découvre un nouveau blogue, merci à mon troll ;-)

Cergie a dit…

Tu es un enfant de soixante huit ? Tu ne peux le renier.
C'est sûr, il va bien falloir construire un autre modèle de société. Le communisme a montré ses faiblesses, le capitalisme le montre, l'individualisme ce n'est pas une solution.
Au niveau des codes et des valeurs, comme le code vestimentaire, c’est peut-être pas si mal, c'est assez égalitaire, cela permet une reconnaissance de se sentir parmi ses pairs, c'est comme une équipe de foot, ou une armée, si chacun choisissait sa couleur cela n'irait pas. Ce serait une sacrée pagaille.
Tu sais ce que tu devrais faire ? Comme les patineurs, te faire des jeans d'apparat qui ressemblent à des pantalons de costume. Quant aux baskets... On en revient ; des chaussures de cuir c'est mieux pour les pieds sauf sur une piste de sport...

Gregory Sey a dit…

Nathalie> oui j'y suis allé en jeans et en chaussures casual :), désinvolte et l'air de rien. J'ai été tenu par la barbichette aussi. Ca fait un peu mal quand on n'est pas barbu mais je suis tellement bien dans mes baskets!

Peccadilles > Comme quoi...

Cergie > Je ne crois pas être un enfant de 68. Je ne sais pas vraiment ce que c'est d'ailleurs.
Pour le reste, je te comprends, mais je crois que je suis à l'opposé des principes que tu énonces. C'est pas grave?
Je n'aime pas les codes vestimentaires. J'aime les matchs de foot quand on ne comprend plus rien parce qu'ils ont tous des maillots différents et que les gardiens de but sont nus.
C'est bien la pagaille de temps en temps non?
Et puis je te le jure, les baskets de maintenant sont si confortables que j'ai enterré mes chaussures en cuir dans le jardin de mon voisin.

Delphinium a dit…

nathalie qui dit qu'il faut faire tomber les masques alors qu'on arrive en plein dans la période du carnaval. :-)
Je crois que la crise est là depuis longtemps, larvée, au fond de beaucoup de coeur et que c'est aujourd'hui qu'on commence à se rendre compte des choses, que cela ne va pas comme on le voudrait, que ce qu'on attendait ne viendra pas, que la vie risque d'être plus dure. Je ne sais pas, il y a quand même un peu d'espoir, je n'ai pas envie de me dire que les hommes se renferment sur eux-mêmes. Et parfois, comme je le disais une fois dans un autre commentaire, s'ils se renferment sur eux-mêmes, c'est peut-être parfois pour mieux comprendre leur douleur afin de mieux comprendre celle des autres, par la suite, dans un avenir. Si on se dit que l'être humain devient égoïste, on est foutu.
Et je n'ai pas envie. Alors, je vais aller fêter le carnaval, même que je n'aurai pas de masque, même que je n'irai pas au défilé du carnaval, mais j'ai envie de jeter des confettis virtuels à tous les gens que je verrai, d'une façon ou d'une autre, pour colorer la vie, les maisons et les coeurs. Tout simplement. Le costard, la cravate, les jeans ou les baskets? ce n'est pas le plus important.

Et pour finir ce commentaire, qui m'a amené ici après avoir lu votre autre commentaire chez une amie à nous, ce n'est pas de ma faute si on m'appelle miss suisse. Moi je n'ai rien demandé. :)

En Vols de Vies a dit…

"Ah la crise ...." criait Coluche .... sur un autre ton que le vôtre mais déjà conscient .... Conscience que si elle est bien là c'est à force d'oublier que les hommes sontr d'abord des personnalités, des couleurs, des rires et des cris. J'espère que nous serons de plus en plus nombreux à s'arrêter sur le regard, l'histoire, le coeur de l'autre avant la marque de son costard.
J'aime bien quand vous criez, je me sens moins seule à le faire, même si parfois j'aime aussi chanter que nous sommes tous quelqu'un, quelqu'un de bien derrière les façades, les fonctions .... enfin presque tous ...
Et j'adorerais regarder un match de foot ou de hand ... enfin un sport collectif (j aime bien cet adjectif) où chacun aurait ses propres couleurs ainsi n'oublirions nous pas de les appeler par leur nom plutôt que par le chiffre de leur maillot ....
D'accord pour construire nos vies, nos coeurs et nos maisons de toutes les couleurs dès lors que leurs portes soient assez grandes pour y accueillir toux ceux qui crient ...

Claire a dit…

Les échanges ...
Une fois renfermé sur nous même on oublie vite tout ça !! C'est le premier pas le plus difficil à faire mais l'envie d'apprendre, d'écouter et de partager revient vite !! Je pense qu'il ne faut juste pas perdre espoir !! Tous les hommes sont différents et semblables à la fois !!
J'aime beaucoup lire tes textes !!
Merci pour ces petits instants où je suis ici et ailleurs en même temps !!

Gregory Sey a dit…

Merci de m'inviter à ne pas perdre espoir :)

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