Page blanche
C’est une page blanche sans doute comme beaucoup d’autres. Une page blanche. Une page blanche avec ses angoisses. Son vide. Son espace à remplir. Son temps qui passe. Une page blanche qui vient juste après une autre qui se tourne. C’est que tourner des pages on s’y fait. C’est que jusqu’à présent j’ai toujours commencé à écrire sur la page suivante avant que la page en cours soit terminée. Et là c’est une page blanche. J’ai commencé à écrire quand j’étais sur la page d’avant. Mais je n’écrivais pas vraiment sur la page blanche. J’écrivais un peu partout. Comme ça, dans tous les coins. Des débuts de phrases. Des débuts de pistes. Laquelle suivre ? Ce n’est pas un scrabble, c’est une page blanche. Une vraie.
Une vraie page blanche au goût et à l’odeur de papier neuf. Au bruit de la plume qui crisse dessus. Une vraie page blanche. De celles qui. De celles qui demandent de l’énergie. De l’encre qui coule à flot comme le sang qui bat toujours plus vite pour avancer toujours plus haut, toujours plus loin. Et si pour une fois on avançait vers le bas de la page ? De la page blanche.
Oui, c’est une page blanche. Une page d’angoisses. De rêves et de cauchemars en même temps. De nuits blanches et noires. Une page blanche. Celle d’avant était lourde à tourner. Juste une page finalement. Mais une page de moments à graver. De souvenirs. D’avancée. J’ai aimé. J’ai aimé certains des moments qui ont précédé cette page à tourner. Ô capitaine, mon capitaine ! J’ai aimé ces gens qui ont grandi avec moi au fur et à mesure que la page précédente s’est remplie. J’ai aimé des rencontres du haut en bas de la page. Et puis, J’ai aimé les moments juste avant la fin, le début de la page blanche. Les morceaux de musique. Les marches à pieds vers Boston. Le début de la page blanche. Comme une mélodie.
Finalement tout cela n’était qu’un début. Le début d’une page blanche. J’aime écrire. J’aime crier. Mais j’ai peur aussi. Peur de la page blanche. Je ferme les yeux. Je vois du noir. Je broie du noir. J’ai peur du blanc. Du vide. Du pas grand-chose et du tout en même temps. Des opportunités qui se créent. Des pages qui se tournent. Des portes qui se ferment et de celles qui s’ouvrent. J’ai peur et je suis plein d’énergie. Une page à remplir, tu penses bien. Sentiments partagés. Entre les deux. Au milieu. Encore une fois in the middle. Je voudrais encore une fois marcher à pieds vers Boston. Sans rien dire. Juste écouter. Ecouter le temps qui passe. Contempler. Contempler la page blanche aussi longue et large que le monde entier. Ca fait peur le vide. Les grands espaces. Ca enivre aussi.
Je voudrais que le temps s’arrête encore une fois. Je voudrais pouvoir mettre les choses dans l’ordre de la page blanche avant de les écrire. Je voudrais aussi, sans doute que le premier paragraphe soit déjà écrit. Soit tes cris. Que la page blanche ne le soit pas vraiment, blanche. Mais elle ne l’est jamais vraiment. Puisqu’on est déjà là quand on la tourne. La page blanche et ses angoisses. La vraie. Celle qui ne ment pas. Ne triche pas.
J’ai une vraie page blanche entre les doigts. Je ris jaune. Je ne triche pas.
3 réactions:
Plus que la page blanche, c'est le premier mot, la première phrase qui m'angoissent. Car ils sont importants, ils décident de la direction que va prendre le texte. Quand ils sont écrits, c'est déjà commencé. C'est déjà trop tard. Et c'est terrifiant. Ou pas du tout. Sinon si ça part bien ou mal.
~
Offre toi un Mont Blanc ! ;-)
Il y aussi des moments de la vie qui sont des pages blanches...
Exactement c'est ce que je ressens : tous les jours de la vie sont des pages blanches à écrire, tu ne dis rien d'autre dans ce texte. Chaque jour est à écrire et on ne peut le faire que page après page en anticipant ce qui va venir peut-être, en revenant sur ce qui s'est passé sans pouvoir le réécrire, juste le réinterpréter. Le monde du blog est étrange qui fait qu'on ouvre la page d'accueil, celle qui se présente alors qu'elle est la dernière parue. La lecture se déroule de la dernière à la première page. Noir sur blanc ou blanc sur noir par un simple tour de passe passe....
Ecrire...
Oui mais vivre jour après jour auparavant, avoir l'envie de vivre et d'écrire, le reste coule de source...
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