Je t'ai l'encre!


mardi, 30 juin 2009

Carte Postale du TER

Cela faisait longtemps que je n’avais été réveillé par mes rêves. Cela faisait longtemps que je me levais le matin sans souvenance de mes rêves.
Depuis quelques temps, mes rêves s’impriment en moi. Ils tournent en tête. Ils tournent tous autour de ça. Et ça, ça va, ça vient.
Peut-être que je devrais écrire un manuscrit finalement. Quelque chose qui se tient. Comme une histoire. Je ne sais pas si j’en suis capable. Des petits textes, oui. Des notes de blog. C’est tout. Bloggeur, rêveur.
Enfin c’est une idée. Comme ça. Une idée qui tourne aussi. Comme toutes les autres en ce moment. J’en entends. On m’en souffle certaines. J’en souffle d’autres. Ce n’est pas toujours facile de prendre le vent pour faire repartir son bateau quand il est à quai. Et ça souffle dans tous les sens. Faut pas oublier de lever l’encre. Peut-être que je pourrais faire ça. Lever un peu plus d’encre. Comme on lève des fonds. Pour aller encore un peu plus au fond des choses.
Un roman. Je ne crois pas. Je n’aime pas mes textes. Je ne sais pas. Ca tourne. C’est torturé. Ca ne se lit pas d’une traite. On ne comprend rien et on comprend tout en même temps. Faut pas rêver. Ce n’est pas de la grande écriture. Juste un besoin. Une passion de jouer avec les mots. D’extérioriser. Les doutes, les peurs, les envies, les convictions, les rêves. Ca tourne autour de ça. Ca tourne. Je n’ai pas le mal de mer pourtant. Peut-être que je ne sais pas sur quel pied danser. C’est comme dans un manège, on voudrait décrocher le pompon mais on ne sait même pas quelle forme il a alors ça nous fait peur de lever la tête. Et l’encre.
Dans mes rêves, tout est lié. Ca pourrait se tenir. Ca se tient. Tout se tient. Les choses s’emboitent comme un puzzle. Ca fait de la matière. A dire.
Mais pour recoller les morceaux, il faut être fort. Fort en navigation.
Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas mis à rêver dans le TER, ni même endormi. C’est pas facile la vie. C’est pas facile de repenser à hier et de s’imaginer demain. C’est pas facile de faire tourner tout ça dans sa tête. Réfléchir. Prendre le temps. Arrêter d’aller plus haut, plus loin et plus vite. Juste avancer. Là où on en a envie. Ce n’est pas facile. Surtout quand le TER est un bus qui roule tout droit et qu’en même temps ça tourne dans ta tête. Que ça tourne autour de ça.
Mais ça c’est bien. C’est bien de ronger son os. Ses rêves. Ses doutes. Sa vie. La vraie. Du concret. Je ne crois pas pouvoir faire de la fiction. Je me crois juste – à peine – capable de regarder les gens dans les yeux et leur dire ce que je ressens, avec mes mots à moi.
Cela faisait longtemps que je me levais le matin comme ça machinalement. Sans être sûr d’avoir rêvé. D’être capable de rêver. Je me levais comme ça machinalement. J’exécutais un peu tout le reste machinalement. Même si chaque journée était différente. Pleine d’imprévus. De choses intéressantes à faire. De gens. De choses à prendre et à donner. De joies, de bonheur. Mais est-ce que j’y mettais du rêve dans tout ça ? Je crois que je ne faisais que reproduire un modèle que j’avais en tête. Une sorte du manuel du parfait Grégory.
Est-ce que j’y mettrais du rêve si j’écrivais un manuscrit ? Si on m’imposait un thème ? Est-ce que je ne me mettrais pas à reproduire un modèle ? Par peur, par reflexe, par nouveauté. Il m’a déjà fallu du temps pour remettre le rêve au centre de la vie. Pour la faire tourner autour de ça. Alors.
En plus on écrit tout seul. Je n’aime pas ça. Être tout seul. Écrire, oui. Être tout seul, non. J’ai besoin de mélanger. J’ai besoin de construire avec les autres. Mélanger les opinions, les expériences, les convictions. J’ai besoin d’écrire le mot ensemble. J’ai besoin d’écrire mais j’ai aussi besoin d’un ensemble.
Et cet ensemble, je crois que je le rêve. Il y a tellement de gens dans ce TER bus. Nous n’avons pas grand-chose en commun. Mais t’imagine si on se mettait à faire rêve commun l’espace du trajet ? Si on construisait sur nos différences. Si on s’enrichissait mutuellement de nos propres histoires. Je crois que les meilleurs histoires elles s’écrivent ensemble. Avec des gens qui se complètent. Je crois que j’ai besoin d’ensemble plutôt que d’écrire seul.
Je crois que quelque chose s’est passé et qu’à partir de maintenant je vais mettre du rêve dans ma vie. Dans mes nuits. Et dans les trajets en bus qui remplacent les TER.

4 réactions:

KMS a dit…

C'est dommage que ça soit un bus, le train c'est mieux, j'aime bien le train.
(pour écrire ensemble je te note pour 2012 comme on avait dit)(hum...)

Gregory Sey a dit…

En même temps, comme on met un an par paragraphe, on peut commencer tout de suite.

Thérèse a dit…

Coucher sur du papier, la plume vers le bas, la tête vers le haut, le cadre y est. Hisse et ho.

Cergie a dit…

Récemment j'ai lu que les rêves servaient aussi à faire le tour des éléments de la journée écoulée et de permettre le tri de ce qui était à en retenir. Les rêves vont à l'essentiel. Le corps succombe plus ou moins devant l'esprit, l'un ou l'autre prend le contrôle et c'est ce qui se passe lorsqu'on arrive à réfléchir pendant les voyages avec l'aide du bercement du train et l'obligation de rester immobile et inactif physiquement.
Ecrire, pourquoi pas ? Pourquoi ne pourrais tu pas ? Diverses formes possibles adaptées à ta forme d'expression. Je me souviens avoir lu un livre (dont je ne me souviens plus le nom) qui alternait les différentes formes d'écriture un peu comme fait un blog, comme tu fais sur ce blog. Le principal est d'avoir qchose à dire, des choses à dire, et je ne doute pas que tu en aies. Il faut aussi ne pas se censurer. Etre sincère. Tu sais l'être.

Je voudrais ajouter que je viens de relire "chaque jour est un adieu" d'Alain Rémond. Je l'avais lu avant de blogguer. J'avais été surprise par l'écriture, phrases courtes, parlées. Cette fois ci je ne l'ai plus été. Ce phrasé je m'y suis habituée. C'est le tien.

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