Je t'ai l'encre!


dimanche, 12 avril 2009

Club-sandwich

A Cambridge – Massachussetts, Nouvelle Angleterre – il y a un restaurant dans une maison rouge. On y sert  de bons club-sandwiches le dimanche midi. J’y retournerai. Peut-être.

La vie c’est un peu comme un sandwich, parfois. Souvent. On se retrouve au milieu. In the middle. Pris entre tout et rien à la fois. Parfois le sandwich se transforme en étau. Parfois le sandwich est une douce génoise sucrée qui fond dans la bouche comme une belle musique. Une partition. Un morceau de piano. Va savoir. Le hasard.
La vie est un sandwich. On est au milieu. Au beau milieu. Ou moche. Au milieu de nulle part et du monde en même temps. On est au hasard. On nait au hasard. Comme toutes ces rencontres qui naissent au hasard de nos pérégrinations.
Il  y a des rencontres que l’on fait et auxquelles on ne s’attend pas. De ces rencontres qui font chaud au cœur. Qui rassurent.  De ces rencontres aux goûts, au mode de vie et valeurs  que l’on partage. De ces rencontres humanistes. De ces rencontres faites de partage. De vrai partage. De partage de club-sandwich. Parce qu’on est tous au milieu. Au milieu d'un chemin. Parfois les chemins se croisent et, au hasard, des rencontres se forment. Autour d’un club-sandwich. Dans une maison rouge. Des rencontres qui ne s’oublient pas. Des gens qu’on ne veut pas perdre de vue. Même si le monde est une large étendue. Un vaste désert ou la perte de vue est un sport international. De ces rencontres faites de musiques partagées, de découvertes, d’équilibre, de mots, de saveurs, de franchise. Sans tricherie. De ces rencontres fraternelles qui n’existent plus beaucoup. De quelqu’un à qui on veut dire merci d’être là. C’est peut-être vieux jeu mais j’y crois beaucoup à tout ça, moi. De ces rencontres comme celles que l’on fait sur les bancs d’école. De  ces écoles où l’on voudrait appeler les professeurs «ô capitaines ». De ces écoles où l’on nous ouvre un peu les yeux  au milieu du sandwich. De ce sandwich dont on ne maîtrise jamais tous les ingrédients.
On vit tous en sandwich. Au milieu. Entre des choses. Entre gens. Au milieu du bien et du mal. On vit tous au hasard de rencontres. De ces rencontres que l’on n’oubliera jamais et de celles qu’on aimerait tant oublier. Elles s’entrechoquent ces rencontres. Elles influencent nos vies. Différemment. A des rythmes différents. Elles créent l’équilibre finalement.
Parce qu’il y aussi des rencontres auxquelles on s’attendait. Que l’on refusait un peu de voir arriver. De ces rencontres où l’on ne se croise pas vraiment au milieu d’un chemin. Parce qu’il y a un mur qui s’y construit. Une voiture à une place pour le parcourir. De ces rencontres où tu donnes tout de toi et où on t’en prend encore plus. De ces rencontres où le plus durable c’est de le passer, son chemin. De ces rencontres que l’on réprouve. De ces rencontres faites d’humains qui se rangent dans des cases avec des attributs prédéfinis. Une autre forme de sandwich finalement, mais inodore et sans saveur. De ces rencontres que l’on dénie jusqu’au jour J. Denial. Parce qu’on aimerait que ça n’arrive pas. Ou pas tout de suite. Parce qu’on n’est jamais vraiment préparé. Parce qu’elles soufflent un vent d’incertitude ces rencontres. Parce qu’il faut du temps pour transformer l’incertitude en opportunité. Parce qu’il faut du temps pour passer son chemin et oublier. Parce qu’il faut du temps pour faire le tri.


Alors, oui, il faut faire le tri parce que ça bouillonne au bout du compte au milieu du sandwich. Du club-sandwich. Comme sur une piste de danse où chacun aimerait danser sa propre valse alors que nous avons tous besoin des uns et des autres.
Alors, oui, je vais faire le tri. Je vais passer mon chemin. Je vais retourner manger des club-sandwiches à la maison rouge. Pour nager à contre-sens de la perte de vue.