Je t'ai l'encre!


lundi, 20 juillet 2009

Carte pastelle

Il paraît que le pastel est à mi-chemin entre le dessin et la peinture. Ca tombe bien. Je suis à mi-chemin moi aussi. Dans le désert. A mi-chemin de creuser un peu plus clairement les sillons de mon dessein. A la moitié du chemin entre l’entrée et la sortie du désert. Entre les deux. En sandwich dans le désert. In the middle. On pourrait presque encore envisager de revenir un peu quelques pas en arrière. On ne touche pas encore vraiment du doigt une sortie. On la voit à peine quand on ferme les yeux. Tout là-bas tout au fond de soi-même. Il faut même plisser les yeux fortement pour la faire apparaître. Mais ça suffit pour commencer à se projeter. A se voir aller par un chemin ou un autre vers la sortie.
Le pastel c’est cette matière friable. Fragile. Qui s’étale et se disperse si l’on n’y fait pas attention. L’attention elle se perd parfois, souvent, très vite. On est sous les feux de la rampe et puis tout d’un coup la lumière est moins vive. Les couleurs blêmissent. Ca peut vouloir dire ça aussi pastel, une couleur pâle. On naît sous les feux de la rampe. On grandit. On avance. La matière se disperse. Ca donne un effet flou. On pourrait rester flou un bon bout de temps. Même après la sortie du désert. Le pastel c’est aussi le mélange des couleurs, par fusion. Les couleurs se donnent la main si on le veut. Si on le veut, on pourrait aussi se donner la main. Mais ce n’est pas si simple. Dans le désert. On devient flou. Notre existence en devient presque insignifiante. Inintéressante. Fade. Comme une couleur pastelle. Les uns et les autres s’éloignent. Dans le désert ou pas, les autres. Les regards se détournent au moment ou il faudrait tendre sa main. Ce n’est pas qu’on vous ignore, non. On est là. On vous suit, on vous voit dans le désert. Mais c’est quand un obstacle se présente et qu’une main tendue viendrait vous réchauffer le cœur- surtout que les nuits sont froides dans le désert -que tout s’estompe. Ca devient flou comme un pastel qui se disperse. Les couleurs ne se mélangent plus. Chacun pour soi. Chacun poursuit son chemin. Chacun pour lui, son demain.
Et demain, dans le désert, toi tu es à mi-chemin. Tu te demandes un peu quoi penser de tout cela. De tous ceux là qui rangent leurs mains dans leurs poches. Tu te demandes mais tu as des réponses à certaines de tes questions. Tu te remontes le moral tout seul avec ça. Tu te dis qu’une fois sorti du désert, tu seras encore à mi-chemin. A mi-chemin d’autre part. La vie c’est ça. Un mi-chemin. Entre hier et demain. Entre avant et après. Entre ailleurs. Tu es fragile comme un pastel. Tu te disperses. Tout t’intéresse dans le désert. Les autres aussi. Mêmes ceux qui passent leur chemin avec leurs mains rangées. Passer, dépasser. Tout ça n’a aucune espèce d’importance. Tu te laisses dépasser par tout ça. Plus, haut, plus vite, plus loin. Ce n’est pas ce qui compte pour toi maintenant, dans le désert. A mi-chemin, tu as compris. Ce qui compte c’est de prendre le chemin qui te correspond. Ton chemin. Avancer dans le futur, ce n’est pas grimper sur une échelle. Avancer dans le futur, c’est aller dans une place qu’on se crée. Même en avançant dans le désert.
Il faudrait quand même qu’on sorte un peu les mains de nos poches. Le pastel c’est aussi le mélange des couleurs par fusion. Pas par acquisition. Il faudrait faire un effort si l’on ne veut pas que notre monde reste sous perfusion. Il l’est peut être déjà, va savoir. On confond le bonheur et le plaisir. Le chemin à prendre dans le désert, c’est celui qui nous rend heureux pas où l’on s’amuse le plus. La vraie force du pastel, c’est la pureté de ses couleurs. On parle de vibration. Vibration des couleurs. On parle et toi tu vibres au battement de tes pas dans le désert. A mi-chemin. Là où tu commences à parfaire ta propre couleur. Tu précises les traits. Tu travailles la surface.
A mi-chemin, c’est encore très flou. Peut être même insensé de vouloir traverser un désert de la sorte. C’est loin d’être plaisant, le mi-chemin. La demi-teinte. Pastelle. Tu as fait du chemin, beaucoup de chemin. Autant que tu en es loin, très loin, de la sortie. Tu ne sais pas par où tu vas sortir. Ni comment. Tu ne sais pas encore tout. C’est une zone de couleur floue la moitié du chemin. C’est une zone de couleur. Tu crois que tu es à mi-chemin, mais tu ne le sais même pas si c’est la moitié du chemin. Tu l’imagines. Tu pourrais presque être tenté de croire que tu tournes en rond mais tu penses que tu es à mi-chemin. Alors tu reprends la route. Sous un soleil couleur pastelle.

mercredi, 8 juillet 2009

Carte postale du désert

C’est un peu comme une traversée d’un désert. Même si il pleut des cordes. Enfin j’imagine. J’imagine parce que je n’ai jamais traversé de désert. J’imagine que c’est un peu comme ça. Tous les chemins que tu peux emprunter se ressemblent et sont si différents en même temps. Tu finis par ne plus trop avoir confiance en ta boussole. Tu finis par ne plus trop te fier à ce que tu vois et ce que tu entends. Tu te demandes si ce sont des mirages. Si tu rêves ou si tu sais. Si tu crois ou si tu veux. Tu as soif, tu as chaud, tu as froid, tu as faim. Tu dois avancer. Marche ou crève. Tu dois. Tu te demandes justement quels sont tes devoirs. D’où vient cette notion au fond. C’est un peu comme une traversée du désert. Pleine d’imprévus. Tu t’accroches à tes repères et te laisses guider en même temps. Tu t’arrêtes à des endroits auxquels tu n’aurais jamais pensé t’arrêter. Tu fais des rencontres que tu n’aurais pas imaginées. Tu suis des chemins que tu pensais être des voies secondaires et qui deviennent des vraies découvertes. Tu ranges ta boussole dans ta poche, tu fermes les yeux et tu écoutes tes émotions. Puis tu reprends la marche. Tu redeviens toi-même dans le désert. Tu remets tes pendules à l’heure. Des choses qui n’avaient plus trop d’importance en reprennent beaucoup. Tu ne forces plus ton style. Tu es toi. Tu marches à ton rythme. Le temps prend une autre dimension. Tu as du temps à des moments et à des endroits où tu n’en avais pas. Tu souris à ce qui te fait sourire. Tu t’attardes sur ce qui t’attire. Tes jours et tes nuits deviennent différents ou alors redeviennent comme avant. Tu ne sais pas trop si c’est comme avant. Tu l’imagines parce que tes souvenirs sont lointains, embrumés, embués, brouillés. Comme si c’était il y a très longtemps. Tu tisses des liens entre beaucoup de choses et d’évènements que tu croyais sans relation, sans dénominateur commun. Alors que si. Tu relies des tas de choses entre elles et tu relis des passages de ta vie comme une histoire différente ou complétée. Un peu comme quand on regarde un film plusieurs fois et que l’on découvre des choses que l’on n’avait pas vues, entendues, ressenties la première fois. Tes priorités changent. Ta manière de faire, d’avancer, de marcher dans le désert change. Tu t’enfonces dans le désert et tu te sens fort. Tu te sens toi-même. Tu es authentique. Tu ne triches pas. C’est sans doute comme une traversée d’un désert.

Je n’avais jamais vraiment prêté attention aux machines qui distribuent des jeux de grattage. Je crois que je n’ai jamais vraiment eu un intérêt ni un goût particulier pour les jeux de loterie et que je n’en aurais jamais vraiment. Je suis plutôt l’inverse du genre de celui qui joue sa grille de loto toutes les semaines. Je n’ai jamais vu de près une grille du loto. Avant, quand j’avais du temps avant que le train n'arrive, je me barricadais dans mes trucs. Je ne regardais pas vraiment autour de moi. Je lisais mes e-mails. Continuais d’écrire un document. Ou alors je m’asseyais sur un banc et m’enfermais sur moi-même. Je refaisais des trucs dans ma tête. Des trucs sans vraiment trop d’importance. Des questions qui n’avaient pas vraiment lieu de se poser pour vivre et pour avancer. Je ne prêtais pas vraiment attention à ce qu’il y avait autour de moi. Je crois que je n’ai plus trop envie de faire ça. Depuis peu j’ai cassé les habitudes. J’utilise le temps différemment. Il a pris une importance différente pour moi en ce moment. En fonction du rythme que je dois m’imposer. En fonction de la partie que je traverse. Je lui économise toutes ces questions sans grand intérêt. Ces choses qu’on refait dans sa tête mais qui n’apporte pas grand-chose. J’avais du temps cette fois ci. Du temps pour observer la vie autour de moi. Je crois que c’est en observant la vie autour de soi que l’on se crée un moment pour essayer de répondre aux vraies questions qui nous tourmentent. On se projette dans la vie qu’on observe. On y met nos questions en perspective. L’autre jour j’ai passé 2 heures sur un banc d’une rue passante de Zürich. J’ai laissé courir mon imagination, ma créativité au fil de ce que j’observais, au fil des vies auxquelles je m’amarrais. Je me projetais dans des situations. Comme une sorte d’ « empathie de situation ». J’y retrouvais mes questions. Les vraies, les utiles. Je devenais de plus en plus créatif. J’étais loin de mes séances tête baissée dans mes trucs de tous les jours. Je ne refaisais pas des trucs dans ma tête, je faisais. Je suis revenu avec plein d’idées en tête. Je suis revenu avec le sourire aux lèvres. J’avais pris du recul en me projetant.
En attendant le train, j’ai observé. Je crois que c’est la première fois que je me suis aperçu qu’il existe des distributeurs de jeux à gratter. Ca a du succès. Je n’aime pas ça les jeux de loterie. J’observais ces gens avec leur journal sous le bras. Je ne sais pas pourquoi mais on dirait que beaucoup d’entre eux achètent le journal pour se donner une importance, un statut. Il est impeccablement plié sous leur bras. On dirait qu’ils ne le lisent pas, ne le déplient pas de la journée. Qu’il leur sert seulement d’accessoire. Certains s’arrêtent pour mettre quelques pièces dans le distributeur de jeux à gratter. A bien y regarder, on peut même y mettre des billets. C’est plutôt bien fait. Bien présenté. Facile d’utilisation. Une ergonomie intéressante. Une interface simple. Tout type de personnes s’y croise autour de cette machine. Ca me donne des idées ces histoires d’interface simple dans laquelle tout le monde se retrouve. Ca touche à certaines des questions que j’ai en tête justement. Ca n’a rien à voir à première vue pourtant. Seulement à première vue parce que ça me donne plein d’idées. C’est très enrichissant, c’est très créatif d’assembler des situations qui ne se ressemblent pas. Qui ne se ressemble pas s’assemble. Finalement, j’ai mis 2 Francs Suisses dans la machine. J’ai gagné 50 Francs.

Je ne sais pas si c’est un signe mais en tout cas je crois que je vais continuer à avancer dans le désert en laissant ma boussole dans ma poche. Je crois que ma boussole c’est le temps que je me donne.