Conduite en état d'hiver
Ca doit être la fatigue des voyages en train. En train d’apprendre. En train de reprendre. En train de reprendre ses marques. En train de se prendre la main dans le pot de miel. En train de voir revenir de vieux démons. Enneigés, embrumés, enrhumés. Les démons. C’est l’hiver. C’est l’ivresse. L’ivresse du passage de cap. L’ivresse du “si je suis cap”. C’est cette glace qui finit par se briser. Même en hiver. C’est tous ces points gagnés petit à petit à la force et à l’envie d’y arriver. Ces points qui peuvent se perdre aussi facilement qu’on les gagne durement. En l’espace de quelques instants. L’espace qu’on donne à un vieux démon pour resurgir. En l’espèce, un instant d’inattention. Un instant qui suffit à déstabiliser une construction de premières impressions. Une construction qui peut s’écrouler comme un château de cartes. La vie est un ensemble de moments construits. La vie est une conduite qui s’adapte selon les chemins. Une conduite parfois sans carte. Des mauvais plis qui nous font nous écarter de la route. C’est dangereux. Un jour ange heureux. Le lendemain démon qui ne fait pas de merveilles. Le lendemain, je me réveille. La gueule de boit. Sans avoir bu. Sans avoir vu revenir ce défaut. L’hiver. La fatigue. Le lendemain. En train. Le contrôleur me réveille. Je me suis mis sous contrôle justement. En cas d’urgence, je brise la glace. La conduite sur verglas c’est délicat. Je marche sur des eux. Ils se connaissent bien. J’adapte ma conduite. J’adapte ma fatigue. J’adapte mon hiver. Je suis moi aussi. Quand même. Un peu. Beaucoup. Authentique. Incorrigible. Parfois. Souvent. En hiver. Sous la neige. Fatigué. Le bruit des pas étouffés. Je ne veux pas. Je veux qu’on les entende mes pas. Je veux qu’on m’entende arriver. Pas de catimini. Tout ça c’est fini. De l’authentique. Du direct. Du moi-même. Des jeans. Des baskets. La cravate au placard. L’habit ne fait pas le moi. Le soleil s’il lui plait pourrait un peu plus souvent faire briller l’eau du lac de Zürich. Le soleil s’il lui plait pourrait m’aider à solidifier ce château de cartes. La carte je l’ai. Je sais ou je veux aller. Même en plein hiver. L’hiver aussi je conduis. Je me conduis comme je suis. Et j’essuie la glace qui fond.
Ca doit être la fatigue des voyages en train. Ou les années. L’âge. Les mots mettent plus longtemps à sortir. C’est confus. C’est mélangé. C’est l’hiver. Alternance de neige et de beau temps. Alternance de temps gagné et de rien à perdre. Finalement. Ce qu’on perd, on le gagne par ailleurs. Un nouveau point de vue. Un nouveau lac. Un nouveau look. Un moi qui se retrouve.
Tout ça ce n’est pas facile à dire. En hiver. Conduite par grand froid. Conduite insistée. L’instant d’inattention. L’inattendu. Le pas grand-chose mais suffisamment pour s’en vouloir. Suffisamment pour se taper sur les doigts gelés. C’est bien de s’en rendre compte.
Ca doit être la fatigue des voyages en train. Ou les années. L’âge. Les mots mettent plus longtemps à sortir. C’est confus. C’est mélangé. C’est l’hiver. Alternance de neige et de beau temps. Alternance de temps gagné et de rien à perdre. Finalement. Ce qu’on perd, on le gagne par ailleurs. Un nouveau point de vue. Un nouveau lac. Un nouveau look. Un moi qui se retrouve.
Tout ça ce n’est pas facile à dire. En hiver. Conduite par grand froid. Conduite insistée. L’instant d’inattention. L’inattendu. Le pas grand-chose mais suffisamment pour s’en vouloir. Suffisamment pour se taper sur les doigts gelés. C’est bien de s’en rendre compte.
6 réactions:
Au milieu de l'hiver, j'ai découvert en moi un invincible été. [Albert Camus]
Anne
C'est une jolie citation.
Il faut être fort pour le penser invincible son été en hiver.
Le train-train t’ennuie non ? Justement s’il faisait toujours soleil ce serait lassant. Et puis de pouvoir toujours traîner en jean et pourquoi pas en robe de chambre avoir une vie sans contrainte cela finirait pas être bien emmerdant. C’est l’hiver qui rend l’été beau, c’est lui qui prépare les noisettes et les pommes que l’été mûrit.
Je relève "je marche sur des eux" (marcher sur autrui mais en faisant attention) et cela me fait penser que c’est dommage que tu ne parle pas une langue monosyllabique car avec une seule et même syllabe mais modulée tu pourrais en écrire des textes signifiants à lire ou à dire. J’ai vu et entendu cela sur une vidéo en vietnamien et c’était vraiment hilarant (chat, mère, vite, aveugle, neuf etc < presque la même syllabe commençant par m).
Tu le dis bien en conclusion c'est l'inattendu qui est bon.
Cergie > Merci.
Tu connais celui là? http://jetailencre.blogspot.com/2005/07/dix-versions.html
Comme j'aime votre écriture!
Allez je vous offre un joker pour les petits dérapages, On ne peut vous imaginer de glace ;)
Merci!
Pour m'imaginer de glace, je me regarde dans un miroir :)
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