Fondue enchaînée
Le temps passe. Le café aussi. Plus le temps passe plus il en faut du café pour faire disparaître le matin cette voix rauque de supporter qui aurait hurlé pendant tout un derby du Nord. Je n’aime pas trop le foot. Mais j’aime le café. Le temps passe et je ne peux rien y faire. Les jours s’enchaînent. Beaucoup à faire. Très peu à dire. La routine. La roue tourne. Les jours s’enchaînent. Les jours j’enchaîne beaucoup de choses. Il faudrait les mettre bout à bout pour voir ce que ça donne. Mais non, qu’importe finalement. Les jours j’enchaîne. Je donne, on verra bien ce que ça donne. Le jour, le café, le temps. Le temps passe mais je ne me perds pas. Je me pose. La Suisse. Les montagnes. Les fondues à grandes bouchées. Enchainées les soirs de pluie, de neige et de vent froid. Les jours passent et les envies se font de plus en plus présentes. Envie de se poser. De se « pauser ». Là. Quelque part. Où le café passe. Où les nuits bercent les voix rauques. Le temps file. Les jours se suivent, les choses se mélangent, se fondent, s’enchaînent les unes aux autres. Les choses se mélangent dans ma tête. Les souvenirs. Le présent. Le futur. Les regrets. Les envies. Les mots se mélangent et ne sortent plus beaucoup. Comme une sorte de calme intérieur. De paix avec soi-même. De l’envie d’aller de l’avant juste comme ça pour le plaisir. Pour ne plus rien prouver. Sans colère. Sans sorte de vengeance contre des démons inventés finalement. Finalement les jours défilent quoi qu’il arrive. Les jours il faut en profiter quoi qu’il arrive. Les jours. Toujours. Avancer. La nuit aussi. Parfois se lever. Pour confondre cette fondue de vie avec ses côtés pile et ses côtés face. Le temps qui passe et la vie qui n’en a qu’un de temps. Jour après jour la vie fond comme une glace aux parfums changeants. Sucré, salé, doux, amer. Je crois que j’ai peur de la mort. Je crois que j’ai peu envie de l’amer. Je crois que j’aime le silence des montagnes. La fraîcheur salée de la mer. Je crois qu’il faut juste se poser par moment. S’asseoir. A côté de soi. Juste l’espace d’un instant. Pour ne pas oublier et compter que le temps fond comme une glace au soleil.
