Allez, retour...
Ce matin je voulais écrire. Pour voir.
Pour sentir. Encore une fois. Pour toucher à nouveau. Pour ressentir ce moment
particulier. Ce dialogue unique avec soi-même.
Ce matin je voulais le faire. Encore une
fois. Pour m’aérer. Pour reprendre le
contrôle de moi-même. Pour refroidir mon sang. Pour m’apaiser. Comme un sport.
Comme une aération. M’aérer avec un stylo en main. Comme une séance d’aérobic.
Comme un besoin de souffler. De souffler sur des perles d’encre. Ce matin je
voulais faire tout cela donc. Ce matin les yeux lourds. Chargés. D’un peu de
fatigue. D’un peu de besoin de souffle. Ce matin je voulais être humain. Avoir
mes petits secrets à moi pour me remettre en forme. En forme de quoi ? En
forme de robot qui aurait fait le plein d’énergie, prêt à repartir plus à fond
que jamais ? Non, ce matin je voulais juste faire ça pour moi. Egoïste.
Sans arrière-pensée de pouvoir repartir encore plus à fond après.
Ce matin je voulais écrire. Faire tout ça.
Et puis j’ai laissé mes yeux voyager à travers la fenêtre du train. Regarder
dans le loin pas si vide que ça. J’ai laissé mes pensées partir un peu dans
tous les sens. Parcourir des chemins. Des préoccupations. Des rêves. Des
envies. Des revus et corrigés. Refaire des conversations. En imaginer de
nouvelles. Revivre des moments. En attendre d’autres.
Ce matin je voulais écrire et j’ai dessiné
par la fenêtre. Je me suis aéré à l’intérieur de ce train plein à craquer. De
ce train moite, chaud, qui sent le café, la sueur, le dentifrice, l’égoïsme,
l’égocentrisme, l’après-rasage, le moi-je, le un-peu trop de parfum et de
maquillage et le je n’ai pas changé de chaussettes depuis lundi. Le train,
c’est un moyen de co-voiturage très égoïste, paradoxalement.
Je voulais écrire. M’échapper et courir.
Je voulais me perdre. Je me suis perdu en regardant à travers la fenêtre. Je me
suis perdu dans le gris des nuages. Dans la pluie battante et les lignes à
haute-tension. Je ne sais pas si je me suis aéré. Si j’ai repris mon
self-control comme on dit. Si je me suis détendu. Je ne sais pas si je suis
prêt à être un robot pour tout le reste de ma vie. Je veux avoir des hauts et des bas. Je veux
avoir mes petits secrets pour m’aérer. Me remettre.
Je crois que je veux me remettre à écrire.
Mais ce n’est pas facile dans cette boîte métallique pleine d’odeurs.
