Boire l'amer. Embrumé.
Ce n’est pas si facile que ça de s’y
remettre, finalement. Comme un début. Comme une première fois à chaque fois. Ce
n’est pas si facile. Ca tangue. Ca dépend des jours. Dans le sens de la marche
ou en vent contraire. Tout cet air vicié. Rempli du souffle des uns, de la toux
des autres. Finir par s’y plier. Avancer dans un sens ou dans l’autre. Se
fondre dans la masse. Devenir un passager comme les autres. Prendre cet air
conditionné. Celui de la première classe, avec Wifi et électricité. Finir par
prendre froid avec tous ces sens contraires. Le dos en avant et le vent dans le
dos. Alors ce n’est pas facile de s’y remettre, non. Remplir des mouchoirs en
papier au kilomètre. Figé devant une page blanche durant toute la traversée de
la Suisse. Présenter son abonnement. Tendre les mouchoirs. Se détendre. S’y
remettre. T’en as de bonnes, toi. Je ne m’y suis jamais vraiment mis. Débutant
éternel. Garder la page blanche et continuer à avancer. Regarder par la
fenêtre. Le soleil. Les montagnes. Je m’étais levé en voulant voir la mer. Ce
goût iodé au fond de moi. Juste le café noir du train. Oublier la page. Tenter
d’oublier la mer. Se laisser aller par la fenêtre. Oublier. Se mélanger dans
ses fichiers Excel. Oublier des choses. Et se prendre une veste au bureau des
objets trouvés. Exceller dans l’oubli. Dans le rien. La page blanche. Le trajet
sans rien faire. Ce n’est pas facile. Arriver à quai plutôt qu’à bon port. Voir
la mer. Comme une envie. Comme un besoin.
Je suis resté trop longtemps les pieds sur terre. La gratter. La
creuser. Faire des trous. Planter des arbres. Je veux flotter. Voir la mer. Le
sel. Le sable. J’aimerais tellement. Il va falloir attendre. Il va falloir entendre
le train. La passagère au nez qui coule. Pendant encore longtemps. Oui. Longtemps.
La mer ça se mérite. Le train-train
d’abord. Les objets perdus. Il va falloir prendre son bien en patience. Parce
que ce n’est pas si mal cette vie. Oui. Ne pas se plaindre. Planter des arbres.
C’est beau.
Alors.
Alors finir par se l’enfiler ce café amer.
A quatre francs. Quand même. Alors,
rien. Pas grand-chose. Des mouchoirs. Des pages blanches. Des kilomètres en
train. Des envies de voir la mer. Comme un vague à l’âme d’automne. Usé.
Usager. Des chemins de fer. Des trous dans la terre. Des tasses de café. Rien.
Pas de mer. D’océan. Chercher. Par la fenêtre. Entre brouillard et soleil
d’automne. Quelques montagnes. A peine une rivière. Au pire un lac. Chercher.
Errer. L’âme erre. Je voulais voir. Arriver. Se fixer un cap. Ferrer les
chemins. Conditionner l’air. Se conditionner à attendre avant de voir la mer.
Encore une fois.
Ce n’est pas si facile de s’y remettre,
encore une fois.
